Réflexions inspirées de l'actualité mes réactions au jour le jour sur la presse, sur les media en général, et surtout sur le contact avec mes concitoyennes et mes concitoyens
France avait tenté d’avertir les Pingouins en lisant à ses auditeurs argentins la célèbre page de Rabelais sur la schizophrénie picrocholine, que vous avez tous étudié au lycée, et dans laquelle ses conseillers promettent à Picrochole la conquête de l’univers :
J’y reviendrai, si vous m’y autorisez,. Pour l’instant, Anatole France relate un événement capital :
lire p 110-111 jq « aux autocrates eux-mêmes »
« Après une succession de vicissitudes inouïes… les Pingouins établirent le gouvernement des Pingouins par eux-mêmes… Le nouvel État reçut le nom de Chose publique ou République. Ses partisans étaient appelés républicanistes ou républicains. On les nommait aussi chosards et parfois fripouilles ; mais ce dernier terme était pris en mauvaise part. La démocratie pingouine ne se gouvernait point par elle-même ; elle obéissait à une oligarchie financière qui faisait l’opinion par les journaux, et tenait dans sa main les députés, les ministres et le président… Les empires et les royaumes entretenaient alors des armées et des flottes énormes ; obligée, pour sa sûreté, de faire comme eux, la Pingouinie succombait sous le poids des armements. Tout le monde déplorait ou feignait de déplorer une si dure nécessité ; cependant les riches, les gens de négoce et d’affaires s’y soumettaient de bon cœur par patriotisme et parce qu’ils comptaient sur les soldats et les marins pour défendre leurs biens et acquérir au dehors des marchés et des territoires ; les grands industriels poussaient à la fabrication des canons et des navires par zèle pour la défense nationale et afin d’obtenir des commandes. Parmi les citoyens de condition moyenne et de professions libérales, les uns se résignaient sans plainte à cet état de choses, estimant qu’il durerait toujours, les autres en attendaient impatiemment la fin et pensaient amener les puissances au désarmement simultané. L’illustre professeur Obnubile était de ces derniers. « La guerre, disait-il, est une barbarie que le progrès de la civilisation fera disparaître. Les grandes démocraties sont pacifiques et leur esprit s’imposera bientôt aux autocrates eux-mêmes… Il résolut d’observer par lui-même l’esprit des peuples. Il commença ses études par la plus grande des démocraties et s’embarqua pour la Nouvelle Atlantide. Son paquebot entra la nuit dans le bassin de Titanport. « Un pont de fer s’étendait entre deux quais si distants l’un de l’autre que le professeur Obnubile crut naviguer sur les mers de Saturne et voir l’anneau merveilleux qui ceint la planète du Vieillard. Et cet immense transbordeur charriait plus du quart des richesses du monde.
Un homme l’aborda et lui dit en pingouin : « Je vois à votre habit que vous êtes de Pingouinie ; je connais votre langue ; je suis interprète juré. Ce palais est celui du Parlement. En ce moment, les députés des États délibèrent. Voulez-vous assister à la séance ? »
(Lire p 112 (la Pléiade):
« Introduit dans une tribune, le docteur plongea ses regards sur la multitude des législateurs qui siégeaient dans des fauteuils de jonc, les pieds sur leur pupitre.
Le président murmura plutôt qu’il n’articula, au milieu de l’inattention générale :
« La guerre pour l’ouverture des marchés mongols étant terminée à la satisfaction des États, je vous propose d’en envoyer les comptes à la commission des finances… Il n’y a pas d’opposition ?… la proposition est adoptée. La guerre pour l’ouverture des marchés de la Troisième Zélande étant terminée à la satisfaction des États, je vous propose d’en envoyer les comptes à la commission des finances… Il n’y a pas d’opposition ?… la proposition est adoptée.
« Ai-je bien entendu ? demanda le professeur Obnubile. Quoi ? Vous, un peuple industriel, vous vous êtes engagés dans toutes ces guerres ! » - Sans doute, répondit l’interprète : ce sont des guerres industrielles… Le nombre de nos guerres augmente nécessairement avec notre activité productrice. Dès qu’une de nos industries ne trouve pas à écouler ses produits, il faut qu’une guerre lui ouvre de nouveaux débouchés. C’est ainsi que nous avons eu cette année une guerre de charbon, une guerre de cuivre, une guerre de coton. Dans la Troisième Zélande nous avons tué les deux tiers des habitants afin d’obliger le reste à nous acheter des parapluies et des bretelles.
A ce moment, un gros homme qui siégeait au centre de l’assemblée monta à la tribune : « Je réclame – dit-il, une guerre contre la république d’Émeraude, qui dispute insolemment à nos porcs l’hégémonie des jambons et des saucissons sur tous les marchés de l’univers.
« Qu’est-ce que ce législateur ? demanda le docteur Obnubile. – C’est un marchand de cochons.
« Il n’y a pas d’opposition ? dit le président. Je mets la proposition aux voix. » La guerre contre la république d’Émeraude fut votée à mains levées à une très forte majorité.
« Comment ? dit Obnubile, vous avez voté une guerre avec cette rapidité et cette indifférence !
« - Oh ! c’est une guerre sans importance, qui coûtera à peine huit millions de dollars. – Et des hommes ?… « - Les hommes sont compris dans les huit millions de dollars. »