Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Réflexions inspirées de l'actualité mes réactions au jour le jour sur la presse, sur les media en général, et surtout sur le contact avec mes concitoyennes et mes concitoyens

Publicité

L'île des Pingouins (feuilleton n° 10)

On a coutume de répéter sans trop réfléchir, que la politique divise les gens. Or, c’est précisément la politique qui réconcilia deux adversaires en littérature, engagés dans un même combat contre l’intolérance et pour la justice.

Et ce combat vient de loin : si Bidault – Coquille est Anatole France, le personnage de Maniflore est Séverine, journaliste ancienne collaboratrice de Jules Vallès.

 

Le compagnon Phénix, c’est Jaurès. Or, les socialistes tardaient à prendre parti dans « l’affaire Pyrot-Dreyfus » (disons pour simplifier : l’Affaire). Écoutons Phénix :

« Un crime, le plus odieux et le plus lâche des crimes, un crime judiciaire, a été commis. Des juges militaires, contraints ou trompés par leurs chefs hiérarchiques, ont condamné un innocent à une peine infamante et cruelle. Ne dites pas que la victime n’est pas des nôtres ; qu’elle appartient à une caste qui nous fut et nous sera toujours ennemie. Notre parti est le parti de la justice sociale ; il n’est pas d’iniquité qui lui soit indifférente.

« Quelle honte pour nous si nous laissions un radical, Kerdanic, un bourgeois, Colomban, et quelques républicains modérés poursuivre seuls les crimes du sabre ! Si la victime n’est pas des nôtres, les bourreaux sont bien les bourreaux de nos frères et Greatauk, avant de frapper un militaire, a fait fusiller nos camarades grévistes.

« Compagnons, par un grand effort intellectuel, moral et matériel, vous arracherez Pyrot au supplice ; et, en accomplissant cet acte généreux, vous ne vous détournerez pas de la tâche libératrice et révolutionnaire que vous avez assumée, car Pyrot est devenu le symbole de l’opprimé et toutes les iniquités sociales se tiennent ; en en détruisant une, on ébranle toutes les autres. »

 

La réunion se tient au siège de la fédération socialiste rue de la Queue du diable Saint Maël ; le compagnon Sapor parle en ces termes :

 

(Lire p 171 )

« On vous conseille d’abandonner votre tâche pour accomplir une besogne qui ne vous concerne pas. Pourquoi vous jeter dans une mêlée où, de quelque côté que vous vous portiez, vous ne trouverez que des adversaires naturels, irréductibles, nécessaires ?… Quelle inepte et criminelle générosité vous ferait voler au secours des sept cents Pyrots que vous trouverez toujours en face de vous dans la guerre sociale ? … la bourgeoisie pingouine étouffe dans son infamie, et l’on vous demande de la sauver, de rendre l’air respirable autour d’elle. C’est se moquer de vous. Laissons-la crever, et regardons avec un dégoût plein de joie ses dernières convulsions, en regrettant seulement qu’elle ait si profondément corrompu le sol où elle a bâti, que nous n’y trouvions qu’une boue empoisonnée pour poser les fondements d’une société nouvelle. »

 

Si Phénix était Jaurès, en Sapor vous aurez reconnu Jules Guesde qui, au Congrès ouvrier de juillet 98, alors que Jaurès engageait ses troupes dans le dreyfusisme, déclara

« n’être ni d’un côté, ni de l’autre des factions militaires aux prises et également ennemies de notre classe et du socialisme. »

 

Sapor ayant terminé son discours, le camarade Lapersonne prononça ce peu de mots :

« Phœnix nous appelle au secours de Pyrot pour cette raison que Pyrot est innocent. Il me semble que c’est une bien mauvaise raison. Si Pyrot est innocent, il s’est conduit en bon militaire et il a toujours fait consciencieusement son métier, qui consiste principalement à tirer sur le peuple. Ce n’est pas un motif pour que le peuple prenne sa défense, en bravant tous les périls. Quand il me sera démontré que Pyrot est coupable et qu’il a volé le foin de l’armée, je marcherai pour lui. »

 

Qui était ce Lapersonne ? – Peut-être Millerand, ou Viviani, qui, tous les deux, demeurèrent dans la neutralité en tenant un discours d’extrême gauche.

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article