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Relisant les statuts de l’Association amicale des anciens et anciennes élèves du lycée Ronsard et du collège du Bellay, adoptés en AG extraordinaire le 15 octobre 1995, l’article 4 a retenu particulièrement mon attention :
« l’association n’a aucun caractère politique ou confessionnel. »
C’est une évidence, et j’y souscris totalement.
L’article 4 poursuit : « Toute question, toute discussion relatives à des sujets de cet ordre sont interdites pendant les réunions et proscrites de la correspondance, des bulletins et annuaires de l’association. »
Que des discussions sur un sujet politique ou confessionnel ne soient pas inscrites à l’ordre du jour d’une réunion plénière, je l’admets volontiers. Mais comment les « proscrire » dans la correspondance, les bulletins et annuaires, sans, au préalable, avoir mis en place une commission de censure ad hoc ? Et comment cette commission serait-elle élue ?
J’ai conscience d’avoir violé à plusieurs reprises l’interdit de l’article 4. Je me souviens en particulier avoir développé, en réunion, dans l’amphithéâtre Gosset, une recherche sur les opinions politiques d’une professeure à « Ronsard » en 1939-1940, qui résista toute sa vie courageusement au nazisme. La conclusion de sa thèse de doctorat ès-lettres en Sorbonne fut chaleureusement applaudie par l’assistance – qui sembla à l’occasion oublier notre article 4.
En manière de conclusion, je relis cette phrase de Stendhal dans « Le Rouge et le Noir » :
« Pourvu qu’on ne plaisantât ni de Dieu, ni des prêtres, ni du roi, ni des gens en place, ni des artistes protégés par la cour, ni de tout de qui est établi ; pourvu qu’on ne dît du bien ni de Béranger, ni des journaux de l’opposition, ni de Voltaire, ni de Rousseau, ni de tout ce qui se permet un peu de franc-parler ; pourvu surtout qu’on ne parlât jamais politique, on pouvait librement raisonner de tout. »
Et si Stendhal ne nous a pas convaincu, sachons que Beaumarchais l’avait précédé (dans le Mariage de Figaro, acte V scène III) :
« Pourvu que je ne parle ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’Opéra, ni des autres spectacles, ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs. »