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Réflexions inspirées de l'actualité mes réactions au jour le jour sur la presse, sur les media en général, et surtout sur le contact avec mes concitoyennes et mes concitoyens

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Feuilleton PHAETON (9)

                   Le Sénateur Bill Strumph

ne décolérait plus,

ne mangeait plus,

ne dormait plus.

Avouez qu’il avait des raisons : non contents de coloniser la Lune, les Rouges s’en servaient maintenant de base pour leur sale propagande. Depuis midi, ils avaient même mis en service, sur la Lune, un émetteur de télévision si puissant qu’il surclassait, malgré la distance, les postes américains ! Mais le pire, c’était le spectacle honteux de ses niais de concitoyens, et même de certains types que lui, Bill, la veille encore, prenait pour de bons américains, capables de gueuler très fort en sifflant leur whisky au bar du club de l’American Legion : ils offraient maintenant un spectacle affligeant, préférant regarder, la bouche ouverte, les films de propagande rouge, à l’heure même où les satellites-relais « Midas » 62, 63 et 64, retransmettaient une édifiante causerie de l’Armée du Salut. Sans doute, ces diables de rouges avaient-ils plus d’un tour dans leur sac. Et qui sait si ces loustics ne mélangeaient pas aux ondes radio des rayons qui vous lavent le cerveau d’un pauvre bougre de Yankee, tranquillement installé devant son petit écran, les pieds sur la table ?… Ce type du FBI qui n’était pas « manchot des amygdales » et qui revenait de Berlin, ne leur avait-il pas expliqué, l’autre soir, au Club, comment là-bas les Rouges avaient   complètement   intoxiqué   et   « ramolli »   les 

 

Allemands de l’Est (une si belle race, pourtant !) en leur vendant des casquettes fabriquées dans une usine souterraine secrète, à Sakhaline, et dont les doublures étaient en tissu radioactif !…

Aussi, pour un homme très conscient, comme lui, de ses responsabilités devant Dieu et le Congrès, n’y avait-il plus un instant à perdre. Installé à l’arrière de son auto électrique, il mettait la dernière main à un « Projet de Loi contre la Subversion » qu’il devait présenter tout à l’heure à la tribune.

C’était le trois cent soixante cinquième projet de loi qu’il rédigeait depuis un an, et fort d’une si grande expérience, Bill pensait bien avoir prévenu dans ce texte les arguments des tièdes, toujours prêts à proposer de ces amendements qui ne font, en définitive, que le jeu de l’ennemi…

Sa vieille bagnole sur roues faisait encore ses 150 miles à l’heure ; et puis il préférait le chant des pneus au chuintement agaçant des bolides sur coussin d’air, et ne perdait pas de temps, puisque « l’automatic radar drive system » lui laissait le loisir de travailler en route. Les médecins lui avaient d’ailleurs interdit la conduite sportive. Il parcourait l’autoroute souterraine récente reliant le nouveau Capitole au nouveau Pentagone, souterrains eux aussi, et à l’épreuve de la Bombe (l’affaire avait coûté 50 milliards de Dollars aux contribuables et rapporté 10 aux actionnaires).

La salle était sombre : on projetait un film. Il grogna : « on a bien du temps à perdre, ici ! » et, rejoignant sa place à tâtons, s’assit à côté de la statue de la Liberté. On n’avait pas encore eu le temps de la sortir de son emballage ; elle semblait attendre, résignée, dans la cage qui avait servi à son transport, par hélicoptère, depuis le sommet de l’ancien Capitole…

 

Bill se calmait peu à peu : en ces heures terribles pour l’avenir de l’Occident et de la Liberté, les Sénateurs, après tout, avaient bien droit à quelques instants de détente ! Et en somme, ça avait l’air d’un honnête film dans le genre historique, moral et instructif, où l’utile se joignait à l’agréable. Les personnages parlaient en latin, mais les traducteurs fournissaient au fur et à mesure une version américaine, qu’on pouvait suivre avec les écouteurs individuels.

 

°°°°°°°°°°°°°°°

 

L’histoire paraissait un peu obscure à Bill ; il comprenait seulement qu’une sorte de tribunal ecclésiastique siégeait, dans une salle voûtée en ogive ; des cierges brûlaient. Le Président, revêtu des ornements épiscopaux, avait posé sa crosse contre la table recouverte d’un velours pourpre ; tandis qu’il tripotait nerveusement, de ses doigts gros et courts, les boutons de sa cape, son voisin de droite, un grand maigre au profil coupant, se courbait sans cesse vers lui et lui parlait à l’oreille. Il portait le chapeau inquiétant des pères jésuites, et semblait une chauve-souris qui s’éveille.

Bill était fier, et à juste titre, de ses connaissances étendues en matière d’histoire du costume religieux. Il se fit donc un plaisir d’expliquer à son voisin, un gros fermier baptiste du Visconsin, qu’à la gauche de l’archevêque se tenaient un père augustin, puis un bénédictin, celui qui écrivait sur un gros livre ; qu’un groupe compact et silencieux de six moines dominicains occupait la seconde rangée. Seul, le personnage du premier rang, à la droite du jésuite, refusait de livrer son identité à la perspicacité de Bill ; il

était d’une carrure athlétique ; les traits de son visage étaient en partie masqués par les pattes d’une sorte de casquette.

La silhouette de l’accusé, qui se tenait debout et la tête légèrement penchée dans l’attitude du respect, était celle d’un homme frisant la cinquantaine ; profil volontaire, visage encadré par une abondante barbe grise faisant paraître plus vaste le front, au dessus de sourcils fournis et interrogateurs. Le Président l’invitait précisément à parler. Il se redressa :

 

« Monseigneur, articula-t-il posément, vous n’ignorez pas que Sa Sainteté Paul V m’a autorisé à poursuivre, à titre privé – c’est-à-dire sans les professer – mes travaux d’astronomie, qu’il apprécie d’ailleurs personnellement. Mais si je m’abstiens de professer, je dois cependant fixer par écrit certaines données, ne serait-ce que pour préciser mes raisons et susciter, par le moyen des échanges et de la correspondance, la critique nécessaire de mes collègues. J’affirme qu’imprimer, ce n’est point nécessairement professer.

Ceci, donc, pour la forme ; mais j’en viens au fond : Je pense que Dieu n’a pas donné la parole à l’Homme uniquement pour répéter ce qu’il a dit, ou dicté, aux prophètes. Les jeux de l’esprit, qui compare et assemble les mots, ne sont pas impies. Ils ne prétendent pas créer, car il n’est qu’un Créateur, mais ils font apparaître des aspects nouveaux de la Création ; or, chacun de ces aspects nouveaux ne saurait être qu’à la gloire du Créateur ! Ainsi, quand je dis que la Terre tourne, à la fois sur elle-même et autour du soleil, cela ne modifie en rien Son œuvre, mais indique seulement que le Créateur a bien voulu qu’on puisse la voir ainsi ».


Visiblement gêné, l’archevêque d’Arnagh fit sauter un bouton de sa cape, qui se mit à graviter ridiculement autour de l’accusé selon une orbite copernicienne. Les six dominicains se signèrent comme un seul homme, tandis que le bénédictin feuilletait précipitamment son dossier. L’augustin se dressa fort opportunément au secours de l’archevêque :

 

« Méfiez-vous de ce raisonnement spécieux ! tonna-t-il. L’accusé prétend établir une comparaison ambiguë entre le Verbe qu’il emploie et le Verbe de Dieu. Songez-y, Monseigneur ! le Verbe est d’essence divine ; c’est une part de sa puissance que Dieu nous a conférée en nous dotant de la parole ; or, dès qu’Il eut dit : « Fiat Lux ! », la lumière fut en effet. En parlant du mouvement des corps célestes, cet homme manie un verbe dangereux. Il se mêle de ce qui ne le regarde pas en intervenant dans les sphères supérieures. Craignez que, s’il continue à user sans modestie du Verbe, et va, répétant : « La Terre tourne ! », elle ne se mette effectivement à tourner – ce qu’à Dieu ne plaise, mes Pères ! – (ils se signèrent tous précipitamment) ; car enfin, si elle se mettait à tourner, c’est nous-mêmes, et c’est la Majesté du Saint Office qui s’abîmeraient dans le chaos !… »

 

L’accusé simula un sanglot, pour cacher le rire qui le secouait ; c’était évident pour les spectateurs du film, la caméra prenant l’homme en gros plan avec le tribunal au fond. Bill Strumph grommela : « Injure au Tribunal ! Son compte est bon » Cependant, le père augustin, satisfait de son exorde, poursuivait :

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