Réflexions inspirées de l'actualité mes réactions au jour le jour sur la presse, sur les media en général, et surtout sur le contact avec mes concitoyennes et mes concitoyens
Dans le Capitole souterrain, Bill Strumph se dressa, terrible :
« Ce verdict dérisoire n’est en vérité qu’un scandaleux acquittement ! Nous obtiendrons la révision du procès ! Et pour le Rouge à la barbouze, la Chaise ! Oui, Messieurs, vous exigerez une seule peine : la Chaise, la Chaise élect… »
Mais il ne put en dire plus : comme foudroyé, il s’abattit, terrassé par l’infarctus.
À cette minute-même, l’antipape Benoît XVIII entrait en conférence avec l’agent d’Interpol en Avignon. Les deux hommes acquirent très vite la conviction qu’un habile espion rouge avait subtilisé le précieux document durant le temps du tournage de l’odieuse séquence de propagande dans les studios « Mosfilm », et avait ensuite réussi à le replacer dans le coffre. Or, le nouveau Vatican des bords du Rhône (le « Vatignon », comme on disait dans certains milieux) étant un État souverain reconnu par l’ONU, un tel document se classait au rang des secrets d’état, et sa violation constituait un grave incident diplomatique. Benoît XVIII fit rédiger sur-le-champ une plainte au Conseil de Sécurité, en exigeant la convocation de l’Assemblée générale.
Le faux Saint-Père estimait l’occasion propice, à la fois pour jouer un bon tour à Martin VI en s’affirmant contre lui, et pour vérifier l’excellence de l’idée qui avait toujours été sa raison de vivre.
Convaincu que les contacts patiemment établis et entretenus avec plus de cinquante religions – révélées ou non – panthéistes ou monothéistes – schismes ou sectes – le mettaient au premier rang dans les milieux diplomatiques, il espérait être l’arbitre suprême de la
prochaine Assemblée générale des Nation-Unies, et associer son nom à un règlement de comptes entre croyants et athées qui éclipserait les Croisades, et constituerait en quelque sorte l’avant-première du Jugement Dernier.
°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Ouverte par une minute de silence à la mémoire de Bill Strumph, l’Assemblée Générale siégeait dans une atmosphère tendue.
Il n’avait pas fallu moins de deux heures au Légat du « Pape », le Cardinal Vermicelli, pour développer tous les aspects de la plainte du « Vatignon »
Et la Lune restait muette depuis plus de vingt heures !…
« La parole est au représentant de l’Union Soviétique » - annonça le Président. Un homme gagna la tribune :
« L’événement qui a motivé la convocation d’urgence de notre présente session est en rapport avec l’activité de notre expédition lunaire. Je dois déclarer que l’URSS rejette l’accusation qu’a cru devoir porter contre elle le Vicaire de Jésus. Nos raisons vont, je pense, détruire le mythe de l’infaillibilité pontificale. Sa Sainteté Benoît XVIII nous pardonnera de saisir l’occasion qu’Elle nous offre de produire une telle démonstration « ex cathedra » ; et nous avons des raisons de penser que bien des croyants nous suivront, et pas seulement à Rome…Cependant, puisqu’on a voulu mettre en cause nos cosmonautes, l’Assemblée me permettra de les citer ici, non en accusés, mais comme témoins ».
Et l’homme d’état, tirant de sa poche un puissant récepteur-projecteur de télévision miniature, en dirigea le faisceau sur le grand écran.
Igor, au nom de l’expédition, salua l’Assemblée et présenta ses camarades, puis Serge prit la parole :
« Nous savons que notre voix sera entendue aussi par des millions de personnes, que nous saluons cordialement. Ceux qui nous accusent sont – peut-être – de bonne foi, mais ils se trompent. Nous n’avons pas à présenter de défense : nous sommes convaincus que l’explication du premier document se trouve dans ceux qu’il nous reste à voir, ce que nous allons faire maintenant ».
Katerina installa une bobine dans l’appareil, le petit salon de la base lunaire s’estompa tandis qu’apparaissaient les rampes de lancement d’un gigantesque cosmodrome. La suite devait avoir été enregistrée à partir de la cabine d’une fusée. Le soleil levant éclairait avec netteté le paysage : le cosmodrome était aménagé dans la dernière boucle d’un fleuve, la mer brillait à l’horizon. Brusquement, un nuage lumineux enveloppa tout, puis se dissipa. Le paysage se rétrécissait à vue d’œil ; en quelques secondes, le cosmodrome devint un point infime, le regard embrassa une région immense, découvrant un panorama grandiose. Puis, dans le ciel de plus en plus sombre, se dessina la planète qu’on venait de quitter. Le bruit terrifiant des tuyères avait cessé. Une voix au timbre insolite prononça un commentaire dans un italien vieilli, que les traducteurs de l’ONU suivaient avec peine :
« Aujourd’hui 15 octobre 1615 du calendrier terrestre, notre fusée « Spes » vient de quitter la planète Phaéton.
Nous suivrons durant 92 jours une orbite de transfert rejoignant celle de la Terre, mais c’est sur son satellite que nous prendrons pied. Ce choix nous est dicté par des nécessités techniques. L’alunissage présente sur l’atterrissage plusieurs avantages. L’existence d’une biosphère terrestre ne fait plus de doute pour nous depuis longtemps, mais les conditions de vie sur Terre nous sont mal connues. Des manifestations biologiques dangereuses pour nous existent peut-être sur cette planète, et nous ne pouvons faire courir un tel risque à notre expédition. D’autre part, l’énorme vaisseau cosmique « Spes », qui transporte les éléments d’une base entièrement préfabriquée, n’a pas de réserves de puissance illimitées ; dans ces conditions, la faible gravitation et l’absence d’atmosphère sur la Lune se traduisent par une sensible économie de carburant. C’est donc sur cet astre mort, où aucune surprise sérieuse ne nous attend, que notre base préfabriquée sera montée. De là, nous pourrons compléter tout à loisir nos connaissances en explorant la Terre voisine à l’aide de nos merveilleux petits satellites automatiques ».
L’image du ciel constellé disparut, mais la voix poursuivit : « Le document que vous venez de voir a été élaboré en deux fois : l’image fut enregistrée directement le 15 octobre 1615, mais par la suite, et pour que des visiteurs terriens puissent comprendre, nous avons établi un commentaire en utilisant un mode de signalisation découvert sur Terre, et basé sur l’interprétation des vibrations de basses fréquences de l’atmosphère. Nous laissons également à leur disposition un autre document relatant en détail les circonstances de cette découverte ».