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Une certaine confusion régnait sur l’Assemblée générale. La séance plénière fut suspendue, et une sous-commission de l’UNESCO chargée d’étudier tous les documents transmis de la Lune.
À la reprise, le délégué des USA qualifia le « procédé » soviétique « d’obstruction systématique » et de « diversion grossière ». Il sommait l’URSS de répondre « sans faux-fuyants » à l’accusation portée contre elle.
Cependant, les travaux de la sous-commission avançaient rapidement. À intervalles réguliers, le président demandait par radio à Slaviev de cesser d’émettre, pour permettre aux trois vice-présidents de donner lecture les traductions russe, française et anglaise. Un court débat avait lieu, on enregistrait les observations des délégués. L’atmosphère était plus sereine qu’en assemblée générale. La concision scientifique des documents obligeait les plus passionnés à examiner avec calme et sérieux l’extraordinaire journal de bord :
« 15 janvier 1616 : première mission accomplie ; « Spes » s’est posée sans dommage au centre d’un vaste cratère ;
« 20 janvier : deuxième mission accomplie : la base permanente est établie sous le sol lunaire, à l’abri des météorites, des radiations thermiques et cosmiques ;
« 25 janvier : une première petite fusée d’exploration a été lancée avec succès en direction de la Terre. Son ogive contient un chapelet de cinq robots miniatures (un demi pied seulement de circonférence) conçus pour se déplacer en émettant des informations variées qu’exploite notre analyseur électronique ;
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« 28 janvier : la troisième mission est remplie à 80% : nos cinq « ambassadeurs-robots » se sont bien comportés et continuent à nous envoyer une masse considérable de renseignements sur la vie terrestre, à l’exception du premier qui, ayant été capturé par un être au crâne partiellement tondu et vêtu d’une robe brune, a été brûlé dans une cornue, sous un flot de formules bizarres, par 48° 51’ de latitude Nord. (Pour repérer géographiquement nos découvertes, nous avons choisi le méridien de ce point pour origine des longitudes ; vous voudrez bien nous excuser de vous imposer de modifier nos chiffres, si le méridien origine que vous choisirez un jour ne passe pas par Paris !) Notre second satellite flotte actuellement à la surface d’un océan salé où grouillent des myriades d’êtres minuscules, par 30° de latitude Nord et 60° de longitude Ouest. Le troisième a touché le fond d’un autre océan, à 35.000 pieds de la surface par 10° lat. Nord et 126° long. Est. Le quatrième voyage dans un massif montagneux, par 13° 20’ de lat.Sud et 74° 13’ de long. Ouest.
« Mais c’est surtout le cinquième robot, opérant actuellement par 42° Nord et 10° Est, qui nous procure les informations les plus intéressantes. Son extrême petitesse et son fonctionnement silencieux lui ont permis jusqu’ici de passer inaperçu de la faune locale, dont il nous révèle fidèlement la vie.
« Nous avons découvert ici des êtres parvenus à un stade d’évolution avancé par rapport à ceux, le plus souvent unicellulaires, étudiés par le deuxième robot. Il semble qu’on soit en présence de l’espèce terrestre dominante, et qui doit sa situation privilégiée au langage articulé dont nous parlons par ailleurs dans un document spécial.
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« Notre analyseur nous a déjà livré le sens de deux variantes de ce moyen de communication, appelées « latin » et « italien ». Le principe de votre langage présente une analogie remarquable avec notre propre système de signalisation, basé sur la modulation d’ondes lumineuses. Les Terriens possèdent cependant un organe récepteur de la lumière, composé de deux éléments globulaires couplés, mais qui ne sont pas pourvus d’organe émetteur correspondant. Ils ont (pardon : vous avez !) récemment mis au point un système, assez lent, de traduction des signaux sonores en signaux optiques, par le moyen de schémas conventionnels tracés par leur (pardon : votre !) main droite. Malgré la combinaison de ces deux systèmes – qui n’est d’ailleurs assimilée que par une élite très restreinte – leur pensée n’atteint pas la rapidité de la nôtre. Bien que nous soyons sourds et aphones, nos trois yeux, capables à la fois d’émettre et de recevoir la lumière monochromatique cohérente modulée en haute fréquence, nous ont permis d’accélérer le maniement des concepts.
Depuis la dernière mutation dont nous sommes issus, quelques milliers d’années (terrestres) seulement ont passé, mais déjà l’évolution nous a amenés au point de pouvoir correspondre avec Phaéton par les trois « yeux » géants, disposés selon l’image de notre visage, et que nous avons installés sur la Lune, et cela au rythme d’une heure de « parole terrienne » par seconde ; et nous pensons repousser encore la limite actuelle de saturation de notre cerveau et communiquer bientôt en ultraviolet, alors qu’au temps où Ramsès II vivait sur Terre, nous ne nous exprimions encore qu’en infra-rouge.
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« Bien sûr, la lenteur de son expression freine le progrès de l’espèce humaine, dont les caractères essentiels ont apparu et se développent depuis quelques millions d’années. Mais d’autres analogies troublantes ont été remarquées, qui ne se bornent pas au domaine des modes d’expression : comme sur Phaéton, les progrès s’accompagnent de phénomènes contradictoires dus au développement inégal des différentes parties de la société, et la solution de ces contradictions, que nous entrevoyons sur Phaéton pour un proche avenir en interdisant de monopoliser la propriété de certaines richesses, - notamment les plus gros moyens de la production, de l’information, du calcul et de la recherche scientifique et artistique – cette solution est encore lointaine sur votre Terre.
« C’est ce qu’indique la préparation d’un procès où doit comparaître à Rome, en accusé, l’un des plus éminents représentants de l’intelligence de ce temps, l’astronome Galilée, que notre cinquième satellite-robot accompagne depuis ce matin. Ce savant rédige en ce moment-même un mémoire sur nos signaux lumineux qu’il a observés à la lunette, mais qu’il ne peut pas comprendre. Malgré le huis-clos, nous pensons que l’ « envoyé spécial » de Phaéton pourra assister au procès, incognito, le 19 février prochain ».