Réflexions inspirées de l'actualité mes réactions au jour le jour sur la presse, sur les media en général, et surtout sur le contact avec mes concitoyennes et mes concitoyens
(Voici un élément à joindre au diaporama à paraître sur la déportée 27095 morte à Ravensbrück)
Le général Weygand avait chassé Yvonne du Liban sans daigner donner le motif. Mais on sait qu'il préférait la cornette des religieuses au bonnet phrygien. Et c'est
ce symbole laïc et républicain qu'Yvonne continua à porter fièrement à Vendôme.
Pour elle, la Résistance ne commença ni en 43, ni en 40, mais le 27 mai 1932 :
Barbusse et R. Rolland signaient ce jour là dans le journal l'Humanité un appel pour un congrès contre la guerre impérialiste qui menaçait à nouveau. Le congrès se tint les 27 et 28 août 32 (Hitler ne fut élu chancelier du Reich que le 30 janvier 33).
De 34 à 39, aux côtés de ses camarades (parmi lesquels il faut citer Marcel Bisault, Jean Auger, Raymond Samson, Maurice Jourdain, Clarissou, Bernard Paumier, Georges Larcade, Raymond Hamel, et tant d'autres…), Yvonne Chollet donna beaucoup d'elle-même dans ce "comité Amsterdam-Pleyel" qui participait à la construction du Front Populaire, à l'aide aux républicains espagnols, à la dénonciation de Munich…
Vendôme n'était pas "à la traîne" dans ces luttes. Les effets des initiatives d' "Amsterdam-Pleyel" s'étendaient au domaine politique. En 36, les communistes du Loir-et-Cher effectuent un bond sur le plan électoral : de 2% des suffrages exprimés, ils passent à près de 7%, - 11% dans l'arrondissement de Vendôme, où le PC poursuivant sa progression aux cantonales de 37, son candidat Bisault obtient plus de 18% dans la ville de Vendôme, (où il est "l'homme d'Amsterdam-Pleyel").
Cela nourrit évidemment les dossiers de l'Administration et des Renseignements Généraux qui, hélas ! n'eurent pas de secrets pour la Gestapo !
Parmi ces dossiers dangereux, en voici un autre :
Juin 36 : à Vendôme, 150 ouvriers et ouvrières de la "BOS" se syndiquent. Leurs revendications repoussées, ils déclarent la grève et occupent l'usine. On lit dans "La CGT en L.& C., Editions Vie Ouvrière, p. 47" : "Les ateliers furent transformés en dortoirs et réfectoires; le ravitaillement des grévistes fut aussitôt organisé d'une façon méthodique."
Et c'est l'instituteur Marcel Bisault, secrétaire de l'U.L. CGT, qui s'en charge. À l'heure de midi, l'institutrice Yvonne Chollet sort de l'école à vélo, rejoint Bisault à la B.O.S., une échelle est dressée contre le haut mur d'enceinte. Ils passent les paniers de victuailles, le pain, les bouteilles… Cela n'est pas du goût des patrons, qui font répandre la rumeur : "Ce n'est pas le rôle d'une institutrice d'aider NOS ouvriers en grève !". Messieurs B.O.S. pensaient, en cet été 36, qu'Adolf Hitler saurait faire régner un ordre nouveau en Europe, et ramener leurs ouvriers au respect strict de leur autorité. Et, de plus, ils le faisaient écrire dans une certaine presse "collabo" avant l'heure :
"Plutôt Hitler que le Front populaire !"
Ainsi, lorsque, 7 ans plus tard, la Gestapo arrête Yvonne, la dénonciation d'une servante des Allemands à la Feldgendarmerie n'est plus qu'un prétexte. En réalité, on arrête celle qui, avec son camarade Bisault, nourrissait en 36 des ouvriers en grève, et qui, depuis, n'avait jamais cessé ce même combat.