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Réflexions inspirées de l'actualité mes réactions au jour le jour sur la presse, sur les media en général, et surtout sur le contact avec mes concitoyennes et mes concitoyens

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la RECONSTITUTION

André Dutreix n'était pas à la noce, en ce matin d'hiver où il se rendait depuis le centre de la ville jusque dans un petit village, à une quinzaine de kilomètres... D'abord, il lui avait toujours été désagréable, et ça, depuis son enfance, de voyager s'il n'était pas assis dans le sens de la marche; or, il se trouvait installé sur une banquette latérale courant de l'avant à l'arrière du véhicule dans lequel toutes les autres places étaient occupées.

Si encore il avait fait chaud, dans cette bagnole... S'il avait pu oublier la différence entre la tiédeur de la maison où il venait de vivre de longues semaines sans sortir, et ce froid présent, souligné par une odeur de tabac fumé par d'autres... Et puis surtout, il avait l'impression d'être privé de son libre arbitre; mais c'était là un sentiment bien difficile à analyser...

On allait donc assister à la reconstitution. Mais quoi ? Un crime, ça ne se reconstitue pas, ou alors, il faudrait que le mort... Peut-être bien que le juge l'avait ressuscité ? A d'autres! Ca ne se fait plus depuis longtemps! Et à quoi ça servirait ? Le sien, de type, était mort, et bien mort !... C'est d'autant plus absurde, ces reconstitutions, que l'affaire n'a jamais l'air de plaire aux juges d'instruction, et ça fait double corvée pour tout le monde.

Reconstitution, reconstitution... On caille ! Feraient mieux de payer à boire ! Mais à deux cents mètres environ après les dernières maisons du village, la voiture s'arrêta au coin d'un petit bois, comme oublié entre deux grandes pièces de terre rousse. Une "DS" qui stationnait là, dut manoeuvrer pour libérer l'entrée d'un chemin de terre où le véhicule s'engagea, en première, pour s'arrêter trente mètres plus loin, au bord d'une ancienne fosse reconvertie en dépôt de ferrailles et d'ordures...

Dutreix semblait de plus en plus mal à l'aise... L'un des occupants de la DS, qui avait rejoint le groupe, pataugeant dans la boue avec ses belles chaussures noires, lui annonça sur un ton doucereux :

"André Dutreix, nous allons procéder à la reconstitution. Je suppose que vous n'avez pas plus envie que nous de faire durer cette réunion au-delà du temps nécessaire !"

Dutreix crut bon de s'exprimer :

"Monsieur le Juge, vous me l'avez déjà dit; mais je vous réponds encore: à quoi ça avance ?"

Calme, le juge rétorqua :

"Vous savez bien que la Justice a besoin que se manifeste toute la vérité !"

Alors, Dutreix eut un sursaut :

"Quand même, vous trouvez que ça suffit pas comme ça ? Vous, évidemment, ça vous touche pas, mais mettez-vous à ma place !... Croyez-vous que je puisse être mo-ti-vé, comme vous dites ? D'abord, y faisait pas ce temps-là; et puis je ne suis pas un acteur, moi ! Ca me gêne ! Vous feriez ça, vous, avec tout ce monde pour vous regarder ?"

Il avait crié ça tout d'une traite...

"Nous vous comprenons; nous avons l'habitude de ces réactions, qui sont au demeurant normales - dit le juge - , mais faisons vite, il ne fait pas chaud !"

- Bien! aboya Dutreix aigrement; si vous la voulez vraiment, votre reconstitution, filez-moi d'abord du "reconstituant" ! Nous en avions pris pas mal, lui et moi - je crois l'avoir bien dit, au greffe ! Un gros flic alla vers la voiture, et rapporta en rigolant - pas trop quand même, à cause du juge !... - une bouteille de rhum.

Dutreix en but une quantité incroyable, et cria:

- Lui aussi, faut qu'il en prenne, du reconstituant !

Le gros flic, d'une moustache interrogative, questionnait le juge...

- Pressons, bon Dieu - dit ce dernier - on gèle !

- Et l'outil ? - hurla Dutreix -, tandis que l'autre buvait longuement, à la régalade, le pouce modulant le débit du goulot...

 

- Tu penses, on a tout prévu, mon bonhomme ! - dit le policier, tandis que le flacon vide, tournoyant entre les branches, s'en allait éclater sur un vieux bidon.

Le reconstituant faisait maintenant son effet. Dutreix et le gros flic, visiblement, étaient à leur affaire.

 

Extraite d'une housse en toile à bâche, qui se trouvait dans le fourgon, une grosse barre de scellement toute rouillée, longue d'une soixantaine de centimètres et terminée par une sorte d'Y, fut remise à Dutreix qui, s'en étant saisi solidement, tua net le gros flic.

 

..............................................................................

 

Spontanément, l'assistance avait observé une minute de silence.

 

"Si vous n'y voyez pas d'inconvénient, - dit le juge -, cette reconstitution vaudra pour les assassinats des deux gardiens de la paix, matricules vingt-deux et quarante-quatre.

 

Messieurs, je vous remercie. Rentrons."

« la reconstitution » a obtenu le prix de la première nouvelle fut publiée dans le dernier almanach de l’Humanité. Si je vous la donne à lire en ce samedi 28 mai, c'est qu'on n'est pas obligé de tout le temps parler de politique.

Passez un bon dimanche, et à lundi.

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