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Réflexions inspirées de l'actualité mes réactions au jour le jour sur la presse, sur les media en général, et surtout sur le contact avec mes concitoyennes et mes concitoyens

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CHRONIQUE LYONNAISE

Ce Dimanche 13 février 1972, n'étant pas "descendu" chez moi à Marseille, je suis resté dans ma chambre à Lyon. Cette "grasse matinée" m'a permis de profiter de la conversation à très haute voix entre Monsieur Ferrand et Madame Ferrand, dans leur cuisine contigüe à ma chambre.

 

C'est une conversation qui a lieu chaque fois que Madame Ferrand revient de l'église, mais la conversation dominicale est plus fournie, plus profonde que les petits échanges de rien du tout de la semaine.

 

 

Le Dimanche, tandis que sa femme est encore à la messe, Monsieur Ferrand commence à s'agiter, à composer des éléments de discours qu'il assemblera tout-à-l'heure en forme d'une sorte de sermon à l'envers, dans lequel il fustige la religion (celle de sa femme) - justement, la voilà qui entre ! - mais en même temps il fait l'éloge d'une autre religion (la sienne).

 

 

Là, ça devient très compliqué : il exalte le Christ, le vrai, Jésus chef de file des anarchistes, des traîne-savate, des gangsters (là encore, les vrais, les bons gangsters, ceux qui assument noblement des risques pour aller reprendre dans les banques l'argent volé par cette saloperie de société bourgeoise, précisément à l'heure où cette putain de société bourgeoise se presse en foule à la messe du Faux-Christ - Ah ! Ah ! -)

 

 

Généralement se situe, à ce niveau, une parenthèse sur la peine de mort, nécessaire selon lui pour détruire les irrécupérables, ceux qui défoncent à coups de marteau le crâne d'un pauvre ouvrier pour lui voler cinq cents francs. Au passage, Monsieur Ferrand voue à la même fin pitoyable, qui fut celle de cet ouvrier, un avocat qui naguère plaidait à la télévision contre la peine de mort. Il est ensuite question d'un vieux du quartier qui vit seul sur de maigres ressources et qui, aux dires de Madame Ferrand et de quelques autres dames rencontrées à la messe, est sale - non pas sur lui, non, mais sale-dans-son-chez-soi.

 

 

Alors, on revient au Christ, le vrai selon Madame Ferrand, et qui, par un curieux détour, se retrouve être, en cette occasion, également le vrai de Monsieur Ferrand (le monothéisme a la peau dure chez nous !). Eh bien ! N'était-il pas, Lui, Christ, mille fois plus dégueulasse-dans-son-chez-soi, Lui qui nacquit dans une étable, que ce vieux du quartier ? Et ça n'empêchait pas les Rois Mages de venir le visiter, parce que les Rois Mages étaient moins cons que le fils de ce vieux, qui refuse de visiter son père sale-dans-son-chez-soi, moins cons également que Madame Ferrand, qui est d'ailleurs auvergnate, comme Pompidou - on ne le répètera jamais assez ! Madame Ferrand se défend maladroitement, faiblement; elle n'a pas l'hénaurme talent oratoire de son mari... Elle n'a "pas dit exactement ça",... "et puis, si tu défends maintenant les gens sales !" Monsieur Ferrand achève alors d'un seul coup, et son sermon, et son épouse :

 

 

- Au moins, vous reconnaissez qu'il n'est pas sale-sur-lui; on ne peut pas en dire autant de Jésus, qui était couvert de morpions, ainsi que les apôtres !..."

 

 

Madame Ferrand estime qu'   "il exagère". On la sent peu convaincue, et impatiente du lendemain Lundi, où à six heures trente elle ira retremper sa foi en l'église Saint-Jean, et prier Dieu de pardonner les écarts de langage de Monsieur Ferrand, vieux "libre penseur" qui, durant un demi-siècle, fréquenta bistrots et tripots lyonnais en compagnie d'hommes de lettres dans le genre de Gabriel Chevallier, de directeurs de revues satiriques, anarchistes ou pornographiques, parfois du père Herriot, et qui maintenant soigne sa goutte et commence à craindre la mort.

 

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