Bugeaud à la Chambre le 24 janvier 1845 :
« Après la bataille de l’Isly, nous pouvions aller jusqu’à Fez sans trouver une opposition sérieuse. Mais ce qui était plus sérieux que l’opposition des troupes, c’était la chaleur… Il y avait impossibilité matérielle d’aller jusqu’à Fez, tout ce que nous pouvions faire, c’était de parcourir et de ruiner une zone de 15 à 20 kilomètres de pays, et je le déclare, dussé-je affliger quelques philanthropes, je l’ai fait autant que je l’ai pu.
« Si je ne l’ai pas dit dans mon rapport, c’était pour ménager la sensibilité de certains hommes que nous avons en France et qui sont plus soigneux des intérêts de l’humanité que de ceux de leur pays…
« Quant aux razzias, contre lesquelles on s’est tant récrié, je demande s’il était un autre moyen d’arriver à la conclusion de la guerre… en Afrique, il n’y a pas de capitales, pas de villes, pas de villages, pas de fermes, il n’y a qu’un seul intérêt qu’on puisse atteindre, c’est l’intérêt agricole… »
« Et savez-vous pourquoi nous sommes allés jusqu’à Biskra et chez les Ouled Naïl, qui sont à 130 Km des côtes ? Pour nous ouvrir des routes commerciales à l’intérieur, nous avons fait ce que font les Anglais, la guerre d’intérêt ; nous avons marché l’épée dans une main et le mètre dans l’autre… »
Extraits des lettres du Maréchal de Saint-Arnaud (Tome I pages 141, 313, 325, 379, 381, 390, 392, 472, 474, 549, 556 ; tome II, pages 83, 331, 340)
« Le pillage, exercé d’abord par les soldats, s’étendit ensuite aux officiers, et quand on évacua Constantine il s’est trouvé, comme toujours, que la part la plus riche et la plus abondante était échouée à la tête de l’armée et aux officiers de l’État-major. » (prise de Constantine octobre 1837)
« Nous resterons jusqu’à la fin de juin à nous battre dans la province d’Oran et à y ruiner toutes les villes, toutes les possessions de l’émir, partout il trouvera l’armée française la flamme à la main. » (mai 1841)
« Mascara, ainsi que je te l’ai déjà dit, a dû être une ville belle et importante. Brûlée en partie et saccagée par le maréchal CLAUZEL en 1835. »
« Nous sommes dans le centre des montagnes, entre Miliana et Cherchell. Nous tirons peu de coups de fusil, nous brûlons tous les douars, toutes les villes, toutes les cahutes. » (avril 1842)
« On ravage, on brûle, on pille, on détruit les maisons et les arbres. » (région Miliana juin 1842)
« Le lendemain 4, je descendais à Blida, je brûlais tout sur mon passage et détruisais ce beau village… il était 2 heures, le gouverneur (Bugeaud) était parti. Les feux, qui brûlaient encore dans la montagne, m’indiquaient la marche de sa colonne. » (région de Miliana février 1843)
« Les beaux orangers que mon vandalisme va abattre… je brûle aujourd’hui les propriétés et les villages de Ben-Salem et de Bel-Cassem. » (région de Bougie, 2 octobre 1844)
« J’ai laissé sur mon passage un vaste incendie. Tous les villages, environ deux cents, ont été brûlés, tous les jardins saccagés, les oliviers coupés. » (Petite Kabylie, mai 1851)
(Une troisième partie de cette chronique de l'horreur coloniale sera demain sur ce blog)