Témoignage du colonel de Montagnac, subordonné de LAMORICIERE. (lettres)
« Vive Lamoricière ! Voilà ce qui s’appelle mener la chasse avec intelligence et bonheur… Ce jeune « général », qu’aucune difficulté n’arrête, qui franchit les espaces en un rien de temps, va dénicher les Arabes dans leurs repaires, à vingt-cinq lieues à la ronde, leur prend tout ce qu’ils possèdent : femmes enfants, troupeaux, bestiaux, etc. » (1er février 1841)
« Nous poursuivons l’ennemi, nous lui enlevons femmes, enfants, bestiaux, blé, orge, etc. » (région de Mascara, 17 janvier 1842)
« Pendant que nous rasons de ce côté, le général Bedeau, autre perruquier de première qualité, châtie une tribu des bords du Chélif, leur enlève de force femmes, enfants et bestiaux. » (11 février 1842)
Plus tard, étant cette fois en Petite Kabylie, de Montagnac applique lui-même le système Lamoricière :
« Nous nous sommes établis au centre du pays, brûlant, tuant, saccageant tout. Quelques tribus pourtant résistent encore, mais nous les traquons de tous côtés pour leur prendre leurs femmes, leurs enfants, leurs bestiaux. » (2 mai 1843)
« Vous me demandez, dans un paragraphe de votre lettre, ce que nous faisons des femmes que nous prenons. On en garde quelques-unes comme otages, les autres sont échangées contre des chevaux, et le reste est vendu à l’enchère, comme bêtes de somme. »
(Lettre datée de Mascara, 31 mars 1842. DE MONTAGNAC, Lettres d’un soldat à sa famille)
Ordre du gouverneur général BUGEAUD, duc d’ISLY, au colonel PELISSIER.
« ORLEANSVILLE, 11 juin 1845.
« Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez CAVAIGNAC aux SBEBAS. Fumez-les à outrance comme des renards. » (Cité dans : Revue Hebdomadaire de juillet 1911, article du général DERRECAJAIX)
Quelques précisions sur cette affaire :
« Imitez Cavaignac », ordonnait Bugeaud. En effet, Cavaignac, futur gouverneur général de l’Algérie et futur fusilleur d’ouvriers dans Paris, avait commis le même crime quelque temps auparavant.
Le prince de la Moskova, fils du maréchal Ney, interpella à la Chambre des Pairs sur ces horreurs. Le maréchal Soult, ministre de la Guerre, demanda des explications à Bugeaud.
Voici la réponse de Bugeaud
« Alger, 18 juillet 1845
Direction du Personnel Opérations Militaires CONFIDENTIELLE
« Monsieur le Maréchal,
« Dans votre dépêche du 12 juillet, vous me demandez de nouveaux renseignements sur la malheureuse affaire des grottes des OULED RIAH.
« Je regrette, Monsieur le Maréchal, que vous ayez cru devoir blâmer, sans correctif aucun, la conduite de Monsieur le colonel PELISSIER, ce qui implique le blâme sur toutes les rigueurs inévitables auxquelles l’armée est forcée de se livrer pour atteindre le but de la FRANCE.
Je vous l’ai déjà dit, je prends sur moi la responsabilité de l’acte de M. le colonel PELISSIER.
« Il faut donner au public des idées plus justes sur la nécessité des actes rigoureux pour aboutir à la soumission réelle du pays, sans laquelle il ne peut y avoir ni colonisation, ni administration, ni civilisation. Avant d’administrer, civiliser, coloniser, il faut que les populations aient accepté notre loi. Mille exemples ont prouvé qu’elles ne l’acceptent que par la force, et celle-ci même est impuissante si elle n’atteint pas les personnes et les intérêts.
« Voilà ce qu’il ne faut cesser de dire jusqu’à ce qu’on l’ait compris. »
Autre précision :
Deux mois après le colonel Pélissier, le 12 août 1845, SAINT-ARNAUD, à son tour, près de TENES, transforma une grotte en un « vaste cimetière » pour « 500 brigands ». Mais l’interpellation l’avait simplement rendu prudent : il cacha son exploit : « Personne n’est descendu dans les cavernes, personne… que moi… Un rapport confidentiel a tout dit au maréchal (Bugeaud) simplement, sans poésie terrible, ni images. » (Lettres du maréchal Saint-Arnaud, tome II, p. 37.)
Mais que s’était-il passé chez les Ouled Riah ? En un an, sur trois points différents, trois colonels français, Cavaignac, Pélissier, Saint-Arnaud, firent périr trois tribus entières (hommes, femmes, enfants), réfugiés dans des grottes, en les brûlant et en les asphyxiant vives.
Le 19 juin 1845, la tribu des Ouled Riah, chassée de ses villages par les colonnes incendiaires de Bugeaud, se réfugie dans une grotte. Le colonel Pélissier fait allumer des feux à l’entrée toute la journée et toute la nuit.
Récit d’un témoin : « Quelle plume saurait rendre ce tableau ? Voir au milieu de la nuit, à la faveur de la lune, un corps de troupes françaises occupé à entretenir un feu infernal. Entendre les sourds gémissements des hommes, des femmes, des enfants et des animaux ; le craquement des rochers calcinés s’écroulant… Le matin, quand on chercha à dégager l’entrée des cavernes… gisaient des bœufs, des ânes, des moutons… parmi les animaux entassés sous eux, on trouvait des hommes, des femmes et des enfants. J’ai vu un homme mort, le genou à terre, la main crispée sur la corne d’un bœuf. Devant lui était une femme tenant son enfant dans ses bras. Cet homme avait été asphyxié au moment où il cherchait à préserver sa famille de la rage de cet animal… On a compté 760 cadavres… » (L’Afrique française, page 442.)
S’agissait-il du crime d’un sadique ? Non. Il s’agissait d’un ordre supérieur du gouverneur général Bugeaud, duc d’Isly…
après ces rappels historiques, nous vous devons des explications sur les causes de la conquête de l'Algérie : rendez-vous demain sur ce blog !