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Le Premier ministre Lionel Jospin a dit un 24 novembre que la condamnation de la torture pendant la guerre d’Algérie ne justifiait pas une commission d’enquête et n’appartenait pas aux politiques, mais aux historiens. Il tentait de justifier sa position par l’éloignement des faits dans le temps passé.
La mémoire, ça se cultive. Non pour macérer dans des souvenirs désagréables, mais pour conquérir la vérité et repousser le mensonge.
Un pays qui laisserait les friches envahir sa mémoire abandonnerait la place au mensonge révisionniste et encouragerait les nostalgiques du fascisme, prêts aujourd’hui à « entrer en campagne ».
Le travail des historiens sur la période 1933-1945 atteint ½ siècle après les faits une intensité et un sérieux exemplaires. Mais ce travail a pu s’appuyer sur une importante commission d’enquête. Nüremberg en a témoigné avec éclat.
Quarante années après la guerre d’Algérie, rien ne justifierait d’opposer l’enquête politique à l’enquête historienne : la mémoire exige qu’elles se conjuguent et se complètent.
La commission d’enquête est donc nécessaire, et ne pourra séparer ces deux aspects indissociables de son action : lutte pour la vérité, et lutte contre le mensonge.
Mais il n’est pas possible de renvoyer dos à dos Alleg et Aussaresses. Imaginerait-on inviter Louisette Ighilariz à débattre sereinement de la question avec Bigeard dans un sous-sol discret de la Villa Susini ?
Vite ! Une commission d’enquête ! Sinon, nous serions probablement amenés à nous en repentir.
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