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Réflexions inspirées de l'actualité mes réactions au jour le jour sur la presse, sur les media en général, et surtout sur le contact avec mes concitoyennes et mes concitoyens

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Chroniques pictaves

Les centaines d'internes du Lycée de Poitiers étaient contents ce soir-là, dans le courant du deuxième trimestre de l'année scolaire 1942-43 : le Censeur avait annoncé une sortie au "Cinéma-Théâtre" où Lamirand, ministre de Pétain à la Jeunesse et aux Sports, devait leur parler.

 

Le Cinéma-Théâtre ressemblait à un grand puits. Le fond tapissé par une marmaille piaillante piquetée des cornettes des soeurs; au premier étage, les "primaires"; au second, les lycées; à la "poulaille", les facs. Une tribune ornée de francisques tricolores, encadrée par des athlètes en maillot, parfaitement musclés.

 

Mais le discours lamirandien passait mal. Pour souder l'auditoire, un disque diffusa le "Chant du Maréchal". Le parterre piaillait déjà "Maréchal, nous voilà !" quand soudain, à la poulaille, éclata une solide "Marseillaise" qui gagna très vite les étages inférieurs, tandis que des centaines de cahiers, déchirés en petits morceaux, tombaient en pluie...

 

Lamirand, avec sa suite, fit retraite. Nous dévalions les escaliers. Je nous revois, avec un copain, Pac..., adossés à une "11-traction" Citroën, et scandant :

 

"A poil, Lamirand, à poil Lamirand !"

 

Un garde du corps dut nous écarter sans ménagements pour permettre à un homme de monter dans la voiture : c'était Lamirand !... Cette nuit-là, les pions eurent toutes les peines du monde à récupérer leurs ouailles et à leur faire réintégrer les dortoirs. La Rue Gambetta résonnait, à une heure indue, de mâles accents :

 

"Qu'un sang impur - abreuve nos sillons !..."

 

Bien sûr, aucun compte-rendu ne fut jamais publié. Nous fumes consignés, par précaution, au Lycée, durant plusieurs semaines.

 

Quant aux témoins, qui avaient entr'ouvert leurs volets, ils décidèrent, sans doute, qu'il n'avaient rien entendu...

 

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