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Réflexions inspirées de l'actualité mes réactions au jour le jour sur la presse, sur les media en général, et surtout sur le contact avec mes concitoyennes et mes concitoyens

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HALTE AU RACISME !

Mais voilà, ça ne va pas être simple !...

 

Pourtant, il faut le dire: cette maladie sociale est contagieuse, et, comme la tuberculose, qu'on croyait de l'histoire ancienne, elle reparaît dans les valises des nouveaux pauvres, elle imprègne leur pauvre linge...

 

Il nous faudrait un type comme Pasteur. - Mais on en a DIX ! Confiance !

 

Non, ça ne va pas être simple...

 

Pourtant, tiens ! Tu constates des différences, c'est facile, il serait niais de les nier, et qui les nierait n'irait pas loin. Simplement, si tu es en confiance avec la différence, tu la crains moins, et même, si tu cherches à la comprendre, tu es déjà moins différent de l'autre, mais tu es un peu différent de toi-même tout-à-l'heure...

 

 

 

Il nous faudrait un type comme Montesquieu. - Mais on en a CENT ! Bon, mais tout de même, ça ne va pas être simple...

 

Pourtant, il y a eu du changement : en 1933 - j'avais huit ans - dans le livre d'histoire, tous les noirs couraient tout nus, brandissant des javelots certainement empoisonnés. Un demi-siècle plus tard, tu les vois descendre de l'avion à Orly: ils baisent l'anneau de l'évêque. Dans un pays où, il y a cinquante ans, on bouffait du curé tout cru (alors que déjà on le faisait cuire au Congo - et là, tu la vois, la différence ?)

 

 

 

Il nous faudrait un type comme Brazza. - Mais on en a MILLE ! Alors ?...

 

C'est que ça ne va pas être simple... Avec tes dix Pasteur, tes cent Montesquieu et tes mille Brazza (d'ailleurs, entre nous, Brazza, on pourrait s'en passer !), où en sommes-nous dans les années quatre-vingt ?

 

La dernière décennie se caractérisa par une louable fringale de recherche, d'exploration, de classement, un patient travail de naturalistes. C'est ainsi qu'on a répertorié une quantité de variétés, genres, branches, classes, familles, espèces, groupes et sous-groupes de racismes. Toutes ces variétés étaient cataloguées, au point qu'on était parfois étonnés par la richesse de cette nomenclature. On avait l'impression d'approcher du but. Après une courte hésitation, le public, d'abord surpris, acceptait volontiers de reconnaître et de distinguer le racisme anti-jeune, le racisme anti-vieux, le racisme anti-redoublant au CM 2, le racisme anti-débile léger, le racisme anti-buveur de coca, le racisme anti-buveur de vodka, le racisme anti-fumeur de hachisch, le racisme anti-buveur d'eau, le racisme anti-amateur de Zola, le racisme anti-immatriculation 13, le racisme anti-parisien-tête-de-chien, le racisme anti-électeur-du- Parti-Chose, le racisme anti-intégriste-musulman, le racisme anti-sectateur-du-cardinal- Lefèvre, le racisme anti-boche... Il suffisait de rassembler tous ces racismes, d'en rappeler la théorisation, d'où l'on était partis, et, la boucle bouclée, l'Humanité abordait le XXI° siècle dans de bonnes dispositions pour vivre l'aventure du socialisme.

 

 

 

Il nous faudrait un type comme Karl Marx. - Mais on en a CENT MILLE ! - Oui, mais à cent mille Marx, on est loin du compte: il en faut dix-mille fois plus ! Et ça va pas être simple... Pourquoi ? Vous voulez vraiment connaître mon opinion là-dessus ? Mesurez bien vos responsabilités; prenez, mais calculez vos risques. Vous pouvez encore fermer le livre, ou sauter la page jusqu'à l'anachronirique suivante... Enfin...

 

C'est que, dans tout ce grand safari antiraciste, on n'a pas remarqué que certains spécimens s'étaient réfugiés dans des endroits ignorés par la battue; il y a notamment une variété du racisme qui se caractérise par une extraordinaire aptitude au mimétisme, et, de plus, par l'absence de toute sécrétion odorante, même dans la saison de la reproduction.


En outre, cette variété peut supporter un jeûne prolongé, être privée d'eau, et cesser de respirer une atmosphère trop polluée. Elle s'adapte à des écarts de températures énormes, ce qui lui permet de subsister sous des climats extrêmes: c'est ce qui explique sans doute que la meute ait pu passer à côté sans la voir, sans l'entendre, et sans même flairer sa présence.

 

Ce racisme n'est pas attaché aux différences de couleur de la peau ou des cheveux, d'angle facial, de taille, d'âge, de sexe, de croyance religieuse, d'accent, de tradition vestimentaire, ou musicale, de pratiques morales. Il se base essentiellement sur la qualité d'intellectuel, attribuée à certains individus, sur la base de critères qui n'ont jamais été définis (et pour cause !)

 

La qualité d'intellectuel est une qualité redoutable. Les acceptions du terme "intellectuel" sont majoritairement péjoratives; mais en même temps, elles entendent désigner une composante positive de la personnalité de l'individu ainsi désigné. Quel Français accepterait qu'on dise: "La nation française se caractérise par l'absence d'intellectuels en son sein"  ? L'intellectuel est un mal nécessaire. On le supporte, comme on subit les conséquences du péché originel. On en est fier, mais ils sont insupportables ! S’ils ils n'existaient pas, il faudrait "les" inventer.

 

Mais c'est pourtant de lui, l'intellectuel, ce pelé, ce galeux, que vient tout le mal. Aurait-on besoin aujourd'hui de mener un combat difficile contre la guerre des étoiles s'il n'y avait eu Fermi, Einstein, Joliot-Curie et Langevin ? Et par dessus le marché, on est bel et bien obligés de faire appel à eux pour mener ce combat !

 

On savait que Faust avait vendu son âme au Diable, mais n'y a-t-il pas eu, tout simplement, échange ? N'est-ce pas le Docteur qui nous a roulés, nous, pauvres diables ?

 

En attendant, ça ne va pas être simple...

 

Il faut clouer au pilori ce racisme anti-intellectuel. Et le simple fait de prononcer le mot revient, hélas ! aujourd'hui, à distiller involontairement une petite dose de racisme.

 

Je n'exagère pas: un mot qui n'a plus de contraire, qui a perdu sa contradiction, est sans défense, il est condamné. Perdant sa contradiction, privé de polarité, il n'a plus de sens !

 

Il n'est plus un terme de communication, mais un instrument de la ségrégation.

 

Il est devenu un outil du racisme.

 

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