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Réflexions inspirées de l'actualité mes réactions au jour le jour sur la presse, sur les media en général, et surtout sur le contact avec mes concitoyennes et mes concitoyens

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MICRO-CLIPS au ciné

Ce qui s'est passé ce vendredi soir mérite d'être connu de tous, car, si nous n'étions que quatre dans cette auto, nous fûmes témoins d'un événement qui peut concerner bientôt sept milliards d'individus. L'étape était longue. Partis de Paris à quatorze heures, nous avions quitté l'autoroute à Lyon vers dix-neuf heures, quand la pluie se mit à tomber. Une heure plus tard, entre chien et loup, nous traversions des bourgs qu'aucun d'entre nous ne reconnaissait, c'était la mauvaise heure... Nous décidâmes ensemble de ne passer la frontière suisse que le jour suivant...

 

 

 

On entrait en ville; ayant trouvé un petit hôtel, libérés de la hantise d'une route mal connue, mouillée et dangereuse, notre fatigue était tombée de moitié. En sortant du snack où nous nous étions rapidement restaurés, Paulette dit: "On va au ciné!"

 

 

 

Quatre salles étaient installées dans l'ancien SODIM. Entrés dans le hall, alors, on était sciés ! Pour un bled dont on ne sait même pas le nom, quel look d'enfer ! Pas d'affiches, pas de collections de photos de plateau. Non, rien ! Mais quatre écrans de télé donnant des extraits animés. Ca, c'est une fameuse idée !

 

"Allez! Chacun le sien, on se racontera !" Et, ayant enfilé nos cartes magnétiques de crédit-ciné dans les composteurs, nous fumes aspirés vers les quatre salles... Plus tard, vers minuit, nous nous sommes retrouvés tous les quatre dans le hall; nos quatre comptes-rendus étaient à la fois différents et ressemblants.

 

 

 

C'est pas vraiment du ciné comme tu as l'habitude : c'est du "ciné-digest". Tu as, dans la salle, des "vidéo-walkman" programmables; les séquences, en boucle, très courtes, sont des "micro-clips". Tant que tu ne programmes pas un autre clip, il se répète à l'infini. Mais tu es le maître de ton programme, et tu composes comme tu veux la succession et la durée des cent-vingt-huit clips de ta cassette.

 

 

 

Dans le hall, les quatre écrans n'avaient pas changé (ils ne changeraient que dans six jours). Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ils continuaient inlassablement à débiter leurs micro-clips: c'étaient d'ailleurs les quatre les plus souvent programmés par les spectateurs.

 

Sur le premier écran, 43.200 fois par jour, un valeureux cow boy déchargeait son colt sur un gangster qui s'effondrait dans une mare de sang.

 

 

 

Le deuxième clip était plus "classique": il s'agissait en fait d'une succession de quatre gestes qui en faisaient presque une oeuvre complète. Le héros et la jeune femme, en plan américain, sont face-à-face; tandis que lui rengaine son colt, elle décroche le téléphone, leurs deux mains libres choquent deux verres de whisky, enfin leurs lèvres se joignent. Tout cela dure quand même 3 secondes, 27 centièmes.

 

 

 

Sur le troisième écran, les deux héros, dans un lit de style victorien, goûtent indéfiniment l'instant suprême d'un orgasme partagé, 86.400 fois par 24 heures.

 

 

 

Sur le quatrième écran, on a juste le temps de voir la strip-teaseuse courir, poursuivie par le shérif, quand, au plafond du saloon, la lampe-tempête explose... Suit une grande seconde et demie de cris d'horreur, dans la nuit trouée de coups de feu, et quand la lumière revient, on voit le shérif, à poil, regardant, impuissant, la strip-teaseuse habillée en shérif, sautant sur un cheval...

 

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