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Réflexions inspirées de l'actualité mes réactions au jour le jour sur la presse, sur les media en général, et surtout sur le contact avec mes concitoyennes et mes concitoyens

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l'île des pingouins (feuilleton n°4)

Un jeune malais, nommé Djambi, qui visite lui aussi la Pingouinie, s’est joint à notre groupe de vendômois. Découvrant en notre compagnie la gloire de Trinco, il en fait une relation que notre guide France a notée :

 

(Lecture - Pléiade p 109 )

« … Trinco est le plus grand homme de guerre de tous les pays et de tous les temps. Il n’a jamais existé de plus grand conquérant que lui. En venant mouiller dans notre port, vous avez vu, à l’est, une île volcanique en forme de cône, de médiocre étendue, mais renommée pour ses vins, Ampélophore, et, à l’ouest, une île plus spacieuse qui dresse sous le ciel une longue rangée de dents aiguës ; aussi l’appelle-t-on la Mâchoire-du-Chien. Elle est riche en mines de cuivre. Nous les possédions toutes deux avant le règne de Trinco ; là se bornait notre empire. Trinco étendit la domination pingouine sur l’archipel des Turquoises et le continent Vert, soumit la sombre Marsouinie, planta ses drapeaux dans les glaces du pôle et dans les sables brûlants du désert africain. Il levait des troupes dans tous les pays qu’il avait conquis et, quand défilaient ses armées, à la suite de nos voltigeurs philomaques et de nos grenadiers insulaires, de nos hussards et de nos dragons, de nos artilleurs et de nos tringlots, on voyait des guerriers jaunes, pareils, dans leurs armures bleues, à des écrevisses dressées sur leurs queues ; des hommes rouges coiffés de plumes de perroquets, tatoués de figures solaires et génésiques, faisant sonner sur leur dos un carquois de flèches empoisonnées ; des Noirs tout nus, armés de leurs dents et de leurs ongles ; des pygmées montés sur des grues ; des gorilles, se soutenant d’un tronc d’arbre, conduits par un vieux mâle qui portait à sa poitrine velue la croix de la Légion d’honneur. Et toutes ces troupes, emportées sous les étendards de Trinco par le souffle d’un patriotisme ardent, volaient de victoire en victoire. Durant trente ans de guerres Trinco conquit la moitié du monde connu.

«  - Quoi ! m’écriai-je, vous possédez la moitié du monde ?

«  - Trinco nous l’a conquise et nous l’a perdue. Aussi grand dans ses défaites que dans ses victoires, il a rendu tout ce qu’il avait conquis. Il s’est fait prendre même ces deux îles que nous possédions avant lui, Ampélophore et la Mâchoire-du-Chien. Il a laissé la Pingouinie appauvrie et dépeuplée. La fleur de l’insule a péri dans ses guerres. Lors de sa chute, il ne restait dans notre patrie que les bossus et les boiteux dont nous descendons. Mais il nous a donné la gloire. »

 

Il ne vous a pas échappé que Trinco ressemble à Picrochole comme deux gouttes de Chinon.

 

Avant d’écrire en 1912 un éloge du pantagruélisme, déjà le 30 avril 1909, France s’était embarqué pour l’Argentine, où il fit une conférence sur un pingouin nommé Rabelais. France rappelait aux habitants de Buenos Aires la démesure belliqueuse de tous les Trincos, Picrocholes et Napoléons…

Cinq ans plus tard, hélas ! un coup de feu tiré au café du Croissant rallumait l’incendie…

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