Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Réflexions inspirées de l'actualité mes réactions au jour le jour sur la presse, sur les media en général, et surtout sur le contact avec mes concitoyennes et mes concitoyens

Publicité

L'île des Pingouins (feuilleton n° 12)

Le président Visire avait donc une fois de plus réussi à rétablir la situation. Le pays connut un répit, hélas de courte durée ! En effet

 

« … Les bruits de guerre ne cessèrent pas et, pour éviter une nouvelle et dangereuse interpellation, le président du Conseil distribua entre les députés quatre vingt mille hectares de forêts en Nigritie et fit arrêter quatorze socialistes… le général Débonnaire croyait qu’une entrée en campagne était imminente… loin de craindre la guerre, il l’appelait de ses vœux et confiait ses généreuses espérances à la baronne de Bildermann, qui en avertissait la nation voisine qui, sur son avis, procédait à une mobilisation rapide. Le ministre des Finances, sans le vouloir, précipita les événements. En ce moment il jouait à la baisse : pour déterminer une panique, il fit courir à la Bourse le bruit que la guerre était désormais inévitable. L’empereur voisin, trompé par cette manœuvre et s’attendant à voir son territoire envahi, mobilisa ses troupes en toute hâte. La Chambre épouvantée renversa le ministère Visire à une énorme majorité (huit cent quatorze voix contre sept et vingt-huit abstentions). Il était trop tard ; le jour même de cette chute, la nation voisine et ennemie rappelait son ambassadeur et jetait huit millions d’hommes dans la patrie de Mme Cérès ; la guerre devint universelle et le monde entier fut noyé dans des flots de sang ».

 

En quelle année vivons-nous ? Anatole France décrit le déclenchement de la première guerre mondiale ; et nous sommes en 1908 !

 

Cette prescience ne se rencontre pas que chez lui : dans le premier tome des « Hommes de bonne volonté », « Le 6 octobre », Jules Romains fait état des rumeurs de guerre, nourries par l’agitation dans les Balkans autant que par les expéditions coloniales.

 

Il s’agit du 6 octobre 1908, et c’est le 14 octobre que l’île des Pingouins commencera à sortir des presses.

 

Mais ce n’est rien encore : l’historien des Pingouins écrit :

 

« Un demi-siècle après les événements que nous venons de raconter, Madame Cérès mourut entourée de respect et de vénération, en la 79ème année de son âge » Cela nous amène donc en 1958.

 

(Lire p.231 en bas « Cependant la Pingouinie… jq p. 232 « c’était l’apogée. »)

 

« Cependant la Pingouinie se glorifiait de sa richesse. Ceux qui produisaient les choses nécessaires à la vie en manquaient ; chez ceux qui ne les produisaient pas, elles surabondaient. « Ce sont là, comme le disait un membre de l’Institut, d’inéluctables fatalités économiques. » Le grand peuple pingouin n’avait plus ni traditions, ni culture intellectuelle, ni arts. Les progrès de la civilisation s’y manifestaient par l’industrie meurtrière, la spéculation infâme, le luxe hideux. Sa capitale revêtait, comme toutes les grandes villes d’alors, un caractère cosmopolite et financier : il y régnait une laideur immense et régulière. Le pays jouissait d’une tranquillité parfaite. C’était l’apogée. »

 

Depuis 34 ans Anatole France nous a quittés ; le 18 octobre 1924 200.000 personnes ont marché à ses obsèques… et pourtant l’histoire des Pingouins continue de s’écrire sous sa plume !

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article