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Réflexions inspirées de l'actualité mes réactions au jour le jour sur la presse, sur les media en général, et surtout sur le contact avec mes concitoyennes et mes concitoyens

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Feuilleton PHAETON (8)

Un jeune homme, dont Colette n’avait pas remarqué jusqu’ici la présence, s’affaira auprès d’appareils obéissants ; des contacts cliquetèrent, puis :

« Allo ! Jodrell Bank ? Ici Meudon... » … Les secondes semblaient être devenues des heures…

« Ah ! Bonsoir, Sir ! J’ai obtenu des indications qui, je pense, permettraient à l’expédition soviétique de circonscrire ses recherches… non, ne me demandez pas plus de détails pour l’instant, vous savez comme moi ce que peut représenter une minute gagnée, et votre installation est la seule dont nous disposions qui puisse correspondre correctement, à cette heure-ci, avec la Lune ».

« Vous êtes un homme étonnant ! répondit Sir Bernard Lowell ; si l’amitié et le service de la science ne nous liaient pas de longue date, j’inclinerais à penser que le manque de sommeil a égaré l’un de nous ! Un instant, je contacte la base lunaire ».

Dans la nuit, l’immense toile d’araignée de Jodrell Bank tournait imperceptiblement, fixant, telle un œil gigantesque, un point sur la Lune blafarde…

Serge, seul dans le petit salon, poursuivait sa veille devant le vidéophone reliant la base à Lunik 38, et à la Terre. Une fois de plus, il tentait de fixer un souvenir fugace. Derrière le sourire de la Joconde, un autre visage cherchait à s’affirmer ; un visage de femme, bien sûr, et ressemblant fort à celui-ci ; mais où l’avait-il vu, en quelle occasion ? Serge ne pouvait s’empêcher d’y penser et s’accusait : « Pourquoi avoir accepté cette mission ? Quelle honte ! un oisif, un poids mort dans une expédition cosmique ! Les cerveaux des techniciens fonctionnent avec efficacité, et Monsieur, sur un sofa, rumine ses souvenirs d’étudiant, s’occupe d’esthétique et poursuit des fantômes féminins ! »

 

Il s’efforça de penser à autre chose, mais en vain… Toujours ce sourire de Joconde, sa thèse sur les Médicis, le colloque de Mantoue, Allahabad… Et brusquement, le manège infernal s’arrêta, l’écheveau se dénoua : la Joconde, mais c’était le surnom d’une étudiante française rencontrée en Italie, puis deux ans plus tard à Allahabad ; ils avaient sympathisé tout de suite, car ils préparaient leurs thèses sur deux sujets voisins. Serge se sentit à demi soulagé ; mais une impression bizarre subsistait, indéfinissable… c’était sans doute à cause de cette coïncidence, de ce tête-à-tête entre un étudiant italianisant et la Joconde… mais tout-à-coup l’écran s’éclaira, le tirant de ses spéculations, et la voix de Guerman annonça : « Attention, Serge, tu passes à l’enregistrement ; ne te trompe pas : tu enfonces le bouton vert. L’observatoire radio-astronomique de Jodrell Bank va nous transmettre des documents ».

Bientôt un cercle, des secteurs, des angles, des chiffres apparurent, aussitôt fixés dans la mémoire électronique. Les documents transmis, l’observatoire anglais appela « en phonie » : « Serge Ivanov doit se présenter à l’écran ; nous vous mettons en communication avec l’observatoire français de Meudon ».

Serge poussa un bouton rouge, et une souriante jeune femme apparut :

« Buon giorno, Sergueï ! »

« Mais... c’est la Joconde! » s’exclama le jeune homme. La première surprise passée, la conversation se poursuivit :

« Que faites-vous à cette heure-ci dans un observatoire astronomique ? »

« Serge, je ne vous demande pas, moi, si vous êtes sur la Lune pour perfectionner votre italien ! Je pense qu’Igor Slaviev affirmait avec raison tout à l’heure que toutes les spécialités sont utiles… Mais trêve de bavardage ! Les documents que nous venons de transmettre doivent être exploités sans attendre ; je préférerais les commenter moi-même devant vos camarades, et j’ai besoin d’un interprète ».

-Un instant ! dit Serge. Et il bondit vers la porte du fond.

Ses camarades, qui travaillaient à la vérification du tableau de commande, se tournèrent tous ensemble vers l’embrasure où Serge, debout, criait, très excité : « Euréka ! Venez vite : la Joconde va tout expliquer ! » Igor hochait la tête : « Calme-toi, Serge, la situation n’est pas si drôle ; viens avec nous, quelqu’un va prendre ta relève. Katerina, donne-lui deux cachets de Neuropan…

Serge parut vexé : « C’est parfaitement inutile, je me sens en pleine forme. Commandant ! vous m’avez confié une mission : j’en rends compte, tout simplement ! »

C’était d’une logique convaincante ; tous suivirent Serge qui, après des présentations rapides mais chaleureuses, fit resurgir sur l’écran le plan et les autres documents ; chacun prenait des notes, Colette commentait, Serge traduisait. Avant de rendre l’antenne, un nouveau rendez-vous fut pris pour faire le point, à sept heures GMT.

« Je crois, dit Igor, que nous pouvons voter des félicitations à Serge ; mais il doit d’abord nous dire comment il a découvert cette moderne Mona Lisa ». Serge s’exécuta : « C’est une étudiante française ; elle doit ce surnom  à une certaine ressemblance, mais aussi

à sa connaissance approfondie de l’histoire italienne des XVIè et XVIIè siècles. Nous avons fait connaissance lors d’un colloque, à Mantoue, où elle venait de découvrir ce précieux manuscrit, que personne ne voulait prendre au sérieux, et qui pourtant semble bien écrit de la main de l’astronome Galilée. Voilà, vous savez tout, et cela nous ramène à nos travaux ».

« Certes, l’ouvrage ne manque pas. - dit Igor – Tout d’abord, nous devons encore modifier nos plans. Deux bases, c’est une de trop, nous dispersons nos forces. Rassemblons-les sur la plus confortable. Le matériel radio sera déménagé de la fusée jusqu’ici, et nos deux camarades pourront nous rejoindre. Je m’en charge en un seul voyage avec le véhicule Volga. L’équipe étant de nouveau au complet, la division du travail sera plus aisée ; nous pourrons alors mener de front plusieurs tâches : tandis que je relèverai Serge à la radio, il ira avec Guerman sur le toit, où nous trouverons très probablement une antenne, sous ces gravats qui couvrent partiellement la région. Il conviendra de la dégager, de la déployer, de vérifier son état. Katerina et Ilya termineront l’étude et la remise en service de l’appareillage électronique. Youri et Sacha iront reconnaître l’un des trois secteurs où l’on devrait trouver, en principe, un dispositif émetteur « laser ». Ils commenceront par le Nord, qui semble, d’après la carte, d’un accès plus facile ».

À deux heures du matin (heure de Moscou), Lunik 38 était provisoirement abandonné à cinq kilomètres de là. Les sept cosmonautes, après avoir bien préparé leur travail, discutèrent encore quelques détails. Mais, constatant que, depuis plus de vingt quatre heures, ils ne tenaient debout qu’en suçant des cachets de Neuropan, ils décidèrent

                    dans la bonne humeur

de bien dîner, puis

de bien dormir

 

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