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Réflexions inspirées de l'actualité mes réactions au jour le jour sur la presse, sur les media en général, et surtout sur le contact avec mes concitoyennes et mes concitoyens

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Feuilleton PHAETON (7)

Dans son petit studio de la Porte Champerret, Colette jeta son manteau sur le divan, et sortit d’un tiroir un classeur fatigué ; elle y prit une feuille, et tira de son sac son calepin. Elle paraissait maintenant hésiter, se mit à feuilleter son vieux manuel élémentaire de cosmographie du collège, puis griffonna quelques calculs… Enfin, ce carnet, qui visiblement lui brûlait les doigts, elle se décida brusquement à l’ouvrir. Alors, avec un grand soupir de soulagement, elle dégringola en hâte l’escalier, poussa la porte du bar-restaurant, s’empara du Bottin… recommencer deux fois un numéro composé sans doute trop vite, et encore tomber sur une ligne occupée, ce que ça peut être énervant !…

Le récepteur nasilla enfin ! – « Allo, Meudon ? Je dois avoir absolument un entretien particulier avec le Directeur ! » - « Mais, Mademoiselle, vous n’y pensez pas ! Il ne quitte plus une seconde l’oculaire de la grande lunette, il s’y fait même apporter des sandwichs ». – « Eh bien, dites-lui que je suis l’amie du cosmonaute-reporter Ivanov…

Le nasillement lointain s’entrecoupa d’éclats de rire. – « Quelle maladroite ! s’accusa Colette ; ce type va me prendre pour une idiote ou pour une farceuse ! » Mais elle tenta encore une fois sa chance : « Ecoutez-moi, Monsieur, je vous en supplie ! Je vous assure que je ne plaisante pas ; veuillez-donc avoir l’obligeance de transmettre cette information à Monsieur le Directeur de l’Observatoire : selon un document qui se trouve en ma possession, des éclats lumineux ont été observés en 1616 précisément dans la région de la base lunaire qui vient d’être découverte. »

« Ce sera fait, Mademoiselle ; où peut-on vous rappeler ? »

 

 

Colette avait perçu l’ironie sous le ton de politesse affectée de son interlocuteur. Sans illusion, elle donna le numéro de téléphone du bar, et se sentant soudain terriblement lasse, elle s’assit à une petite table, juste derrière le faux caoutchouc en plastique. « Une omelette au jambon et une fillette de Beaujolais », dit-elle au garçon qui s’avançait.

Il y avait plus de monde que de coutume devant la télé. Les premiers moments de surprise passé, l’ORTF s’était ressaisie et s’employait, comme d’habitude, à modérer l’enthousiasme, glissant dans chaque phrase le germe d’un petit doute. Un speaker, blasé, annonçait :

« Selon TASS les membres de l’expédition russe procéderaient à l’inventaire d’une abondante documentation sur bande magnétique… »

Et il ajouta aussitôt avec fougue :

« Les commentateurs occidentaux apprécient ces nouvelles comme de la propagande, voire comme un faux ; l’agence France-Presse les qualifie de « plus astucieux canular du vingtième siècle, auquel le journaliste Ivanov ne serait sans doute pas étranger ».

L’avertisseur du téléphone se mit à vibrer. « Mademoiselle Colette, c’est pour vous ! » lança Monsieur Bob brandissant le récepteur par-dessus le comptoir.

Elle n’y croyait plus, et la surprise la faisait trembler ; elle se fit répéter : « Allô, Meudon ? Le Directeur ? » - « Lui-même… Oui, mon collaborateur s’excuse mille fois ! Les gens sont si excités ! Il avait pris votre communication téléphonique pour une plaisanterie ; mais les informations que je reçois à l’instant me font penser que je dois vous voir tout de suite… oui, avec votre documentation… c’est ça… la voiture démarre… une 907 noire… oh ! dans vingt minutes… »


Il était à peine vingt-deux heures et Colette filait déjà, son précieux classeur sur les genoux, dans une voiture qui traversait des constellations de plus en plus espacées de néon et de sodium (comme aux confins d’une nébuleuse spirale…), mais le météore s’immobilisa : elle était sur Terre, dans un parc sombre. Les yeux brillants d’insomnie, le Directeur l’attendait ; il lui serra les mains avec effusion : « Vous nous voyez ici bouleversés », dit-il ; « Si vos sources, si l’origine de vos informations est certaine, vous rendez un service inappréciable à la Science. »

Colette dit ses études d’histoire, sa thèse sur la pensée florentine, la découverte d’un manuscrit de Galilée chez un collectionneur lors de son voyage d’études et sa rencontre avec Serge, italianiste passionné lui aussi, au colloque de Mantoue, puis ses déboires, son échec enfin, l’opinion unanime des spécialistes rejetant le manuscrit au rang des apocryphes…

« Montrez-moi ce texte ! » Colette lui tendit un feuillet et le savant se plongea dans la lecture. L’éclairage parcimonieux, distribué sur le seul bureau, laissait toute la coupole dans la pénombre, et découpait bizarrement par dessous les traits de l’homme, évoquant le grand prêtre dans un sanctuaire, gardien vigilant d’énormes divinités géométriques dont quelques reflets métalliques trahissaient à peine la présence. L’astronome s’était levé, et marchait de long en large, relisant à haute voix, comme pour mieux se convaincre, cette phrase :

« … et la nouvelle lunette construite sur mes indications m’a permis d’observer pendant ces six nuits des lumières fort brèves, disposées selon les sommets d’un triangle équilatère, et distantes environ d’une demi


minute d’arc, autant que je puisse garantir l’estimation d’un aussi petit angle ».

« Mademoiselle, ce mémoire est sans nul doute authentique : jugez-en vous même ! Il se baissa, fit glisser entre ses doigts le long serpent de papier du télescripteur qui s’enroulait à ses pieds, et le mit sous les yeux de sa visiteuse, qui lut :

« Congrès astronautique siégeant permanence Poulkovo / tableau commandes électriques identifié / probabilité émetteurs faisceaux laser voisinage base / documentation muette sur emplacement exact sources lumineuses / nécessité absolue solution rapide dernier problème / membres expédition et Congrès délibèrent / stop ».

Voyez-vous,- poursuivit l’astronome -, vos renseignements sont précieux ; mais cela ne sera pas une mince affaire : à cette distance, une demi-minute d’arc, cela fait environ cinquante kilomètres sur le terrain. Et si, comme on peut logiquement le supposer, les sources lumineuses sont disposées symétriquement par rapport à la base, il faudra les chercher sur une couronne circulaire de soixante kilomètres de diamètre ; auront-ils le temps et les moyens de le faire ?

« Attendez ! s’écria Colette, le manuscrit était accompagné d’un dessin, dont voici une photocopie ! »

Le savant jaugea le document d’un coup d’œil et s’exclama : « C’est merveilleux ! Le maître a pensé à tout ; regardez, c’est un schéma d’observations, orienté par rapport à la carte de la Lune !… Ces renseignements doivent pouvoir être exploités sans délai par les membres de l’expédition… Roger ! Veuillez obtenir immédiatement le contact avec l’antenne anglaise ! »

 

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