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L'affaire de la privatisation de TF 1 avait en son temps provoqué, dans l'opinion publique, une réaction en chaîne. En effet, la "privatisation" était devenue, après mars 86, plus qu'une vague: un raz-de-marée; plus qu'une mode: un style; plus qu'une vogue: un engouement.
C'est ainsi qu'éclatèrent successivement l'affaire des BANCS, puis l'affaire des JARDINS, enfin l'affaire de la PUB. Les deux premières affaires étaient étroitement liées, dans la mesure où les bancs étaient installés dans des jardins, mais où tous les jardins n'étaient pas systématiquement équipés de bancs. Quant à l'affaire de la publicité, il faut savoir que les bancs étaient devenus un support publicitaire intéressant. Le Ministre de la Culture n'alla-t-il pas jusqu'à demander qu'on récrive une chanson de Brassens, (qui put ainsi demeurer un bon sponsor posthume) ?.. Ça donnait ceci :
"Les amoureux qui s'bécotent sur les bancs privés, bancs privés, bancs privés..."
Ainsi, dans les jardins publics privatisés, les bancs privés étaient-ils équipés d'un système d’éjection automatique des amoureux, passé le délai légal à partir du moment où la pièce était introduite dans la fente, cependant qu'un walkman intégré au siège débitait des privicités diverses.
Les chaisières qui exerçaient depuis longtemps leur activité dans les quartiers chics, estimant assumer un service public, exigèrent le statut de fonctionnaires.
Privée depuis longtemps des crédits publics, l'Ecole publique, dans l'espoir de conserver quelques élèves, était cependant libre de faire appel aux fonds privés, tandis que l'école privée avait, comme par le passé, librement accès aux fonds publics.
Quand le Ministre des Sports privatisa les bains publics, les usagers, hantés par la menace du SIDA, obtinrent un débat privé à l'Assemblée, à l'issue duquel un cloisonnement permit la division des bains en boxes étanches, auxquels l'ex-public avait accès grâce à une carte magnétique d'abonnement privée.
Les réunions publiques ayant, enfin, été privatisées, grâce à l'article quarante-neuf/trois, le dialogue même disparut. L'on entra dans l'ère du monologue monocorde monotone, où la contradiction demeura une affaire strictement privée, et cessa de perturber l'ordre public.