Réflexions inspirées de l'actualité mes réactions au jour le jour sur la presse, sur les media en général, et surtout sur le contact avec mes concitoyennes et mes concitoyens
« Ce ne serait pas long, poursuivit l’homme de mer. En un tournemain, je vous débarrasserais de cet animal… Mais en ce moment, j’ai d’autres chiens à fouetter… Je me suis flanqué une forte culotte au bac. Il faut que je trouve une grosse somme. L’honneur avant tout, que diable !… »
Le ministre et le subémiral se regardèrent un moment en silence. Puis Barbotan dit avec autorité :
« Subémiral Volcanmoule, débarrassez-nous d’un soldat séditieux. Vous rendrez un grand service à la Pingouinie et le ministère des Affaires internes vous assurera les moyens de payer vos dettes de jeu. » Le soir même, Volcanmoule se présenta devant Chatillon et le contempla longtemps avec une expression de douleur et de mystère.
« Pourquoi fais-tu cette tête-là ? » demanda l’émiral inquiet. Alors Volcanmoule lui dit avec une mâle tristesse : « Mon vieux frère d’armes, tout est découvert. Depuis une demi-heure, le gouvernement sait tout. » A ces mots, Chatillon atterré s’écroula. Volcanmoule poursuivit : « Tu peux être arrêté d’un moment à l’autre. Je te conseille de ficher le camp. » Et, tirant sa montre : « Pas une minute à perdre. » - Je peux tout de même passer chez la vicomtesse Olive ? – Ce serait une folie », dit Volcanmoule, qui lui tendit un passeport et des lunettes bleues et lui souhaita du courage.
« J’en aurai, dit Chatillon. – Adieu ! vieux frère. – Adieu et merci ! Tu m’as sauvé la vie… - Cela se doit. »
Un quart d’heure après, le brave émiral avait quitté la ville d’Alca. Il s’embarqua de nuit, à La Crique, sur un vieux cotre, et fit voile pour la Marsouinie. Mais à huit milles de la côte, il fut capturé par un aviso qui naviguait sans feux, sous le pavillon de la reine des îles Noires. Cette reine nourrissait depuis longtemps pour Chatillon un amour fatal. »
Nous venons de voir comment on fait un Boulanger, un Poujade, un Le Pen, et comment on les jette, quand on peut. Mais ce dernier exercice est périlleux, car il peut arriver que la créature soit devenue plus forte que son maître…
Et puis il faudra que vous lisiez l’affaire des 80 000 bottes de foin.
Cette affaire ne secoua pas seulement la pingouinie, mais le monde entier, à tel point que ses séquelles empoisonnent encore périodiquement la vie publique.
Un matin, le général Panther, chef d’état-major (ce peut être le colonel Henry, qui produisit le premier le fameux bordereau accablant pour Dreyfus ; mais ce peut être aussi le général de Boisdeffre, ou le général Pellieux – les grands antisémites sont interchangeables)
Le général Panther donc, instruisit Greatauk d’une affaire grave. 80000 bottes de foin, destinées à la cavalerie, avaient disparu.
Greatauk s’écria spontanément : « Ce doit être Pyrot qui les a volées ! »
Pyrot, un juif de condition médiocre, désireux de servir son pays, était entré dans l’armée des Pingouins, et Greatauk, ministre de la Guerre, ne pouvait le souffrir : il lui reprochait son zèle, son nez crochu, sa vanité, son goût pour l’étude, ses lèvres lippues, et sa conduite exemplaire. Chaque fois qu’on cherchait l’auteur d’un méfait, Greatauk disait : « Ce doit être Pyrot ! »
Plus j’y songe et plus je me persuade que Pyrot a volé ces 80 000 bottes de foin. Et où je le reconnais, c’est qu’il les a dérobées pour les vendre à vil prix aux Marsouins, nos ennemis jurés.
C’est certain, répondit Panther ; il ne reste plus qu’à le prouver !