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Réflexions inspirées de l'actualité mes réactions au jour le jour sur la presse, sur les media en général, et surtout sur le contact avec mes concitoyennes et mes concitoyens

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Feuilleton PHAETON (5)

On s’apprêtait à écraser un homme sous le poids de l’ignorance. Son crime ? Il avait compris que la Terre est ronde, et qu’elle tourne. Il fallut beaucoup de patience, de logique, de courage, à Galilée, pour se représenter la vérité et pour l’affirmer ! Et il en fallut encore beaucoup, après lui, pour la faire pénétrer dans la conscience humaine, combattre les mythes qui entravent le progrès… Aujourd’hui, montés sur les épaules de ces géants, il nous semble facile de cueillir les fruits les plus élevés de l’arbre de science.

Je dis que la Terre est ronde, qu’elle tourne : vous, vous le savez, mais moi, je le vois ! Les monts Tian Chan, l’Himalaya, invisibles au début de ce reportage, viennent d’apparaître sur ma gauche, tandis qu’à l’opposé disparaît la côte californienne. La Terre est petite. Voici plusieurs années, un homme planta une tente sur l’esplanade du Trocadéro et se proclama « Citoyen du Monde ». Eh bien, dans mon exil provisoire, je me sens encore plus Citoyen du Monde que lui. (Les ondes d’une douce hilarité courent sur le Champ de Mars…)

Mes souvenirs de terrien défilent sous mes yeux. Le Gange déroule son fil d’argent sous une lumière frisante multicolore. Sur ses bords, de vénérables civilisations s’édifièrent ; le fleuve a nourri durant des millénaires des générations laborieuses et patientes. Des philosophes hindous traduisaient les luttes humaines dans l’affrontement géant du matérialisme et de l’idéalisme. Pour cela, j’aime  ces  rives, et aussi pour y


avoir vécu l’an dernier les journées exaltantes du festival mondial de la Jeunesse pour la Paix et l’Amitié. Les soirées aussi étaient bien remplies : entre une danse et un spectacle, on continuait à parler de l’avenir, de la paix. Avec tous les accents du monde, des noms : Galilée, Einstein, Joliot-Curie… étaient prononcés comme ceux d’amis très proches.

Je veux rester fidèle à ces clairs-de-lune du Gange.

Mais déjà d’autres lieux évoquent d’autres souvenirs, et il me faudrait des heures d’antenne…

Aujourd’hui, nous nous sommes vus et entendus avec une seconde de retard, mais bientôt, le décalage sera plus grand, quand nous nous enfoncerons dans les profondeurs vertigineuses du cosmos : plusieurs années pour les régions les plus proches…

Pourtant, (et je vais scandaliser les physiciens !) j’affirme qu’une pensée amie va plus vite que la lumière. Les essaims humains séparés par des gouffres de temps et d’espace seront cependant plus unis. Et leurs rencontres démontreront la nécessité de l’amour dans les rapports futurs ».

 

Ce soir-là, les groupes animés furent lents à se dissoudre. Colette courut chez les Durand. Elle avait besoin de s’entendre confirmer que, trompée au début par son retard, elle avait bien vu, non pas un film de science-fiction, mais le reportage en direct du premier voyage humain sur la Lune. On discuta chez les Durand si avant dans la nuit qu’il fut enfin décidé que Colette s’installerait sur deux fauteuils pour dormir un peu…

Partant deux heures plus tard, au petit matin, elle ne ressentait pas la fatigue maussade de l’insomnie. Elle se précipita vers un kiosque à journaux, poussée par ce désir naturel de lire ce qu’on sait déjà.

 


L’événement submergeait tout : gros titres, commentaires, articles de vulgarisation, photos, dessins, interviews. Le New York Times titrait : « Trois milliards d’années de coexistence ne se démentiront pas ! » Le Mondain annonçait, dans sa typographie désuète : « La pluralité des mondes n’est plus un mythe ». Le Coiffeur, plus terre-à-terre, étalait sur huit colonnes : « Sept Russes sur la Lune ! » Un Canard satirique se déchaînait : « Il faut choisir Lune ou l’Autre ! » L’Humanité : « L’homme soviétique tourne une page de l’histoire de la science » Quant à l’Osservatore Romano : « Les voies de Dieu deviennent-elles pénétrables ? », et une photo montrait le Pape Martin VI priant pour une issue heureuse du voyage.

La matinée passa vite. Chacun, même au travail, avait apporté son transistor. La patience de tous fut récompensée lorsque brusquement, à dix-sept heures, tous les émetteurs retransmirent ce flash retentissant : « Le géologue Terliouk a décelé une certaine radioactivité. Nos deux véhicules, suivant les indications des compteurs Geiger, se dirigent vers le point où le rayonnement doit atteindre sa plus grande intensité ».

Les commentaires échevelés allaient bon train, tandis que l’Académie des sciences de l’U.R.S.S. gardait un silence prudent. A dix-huit heures vingt, second flash :

« Parvenus dans la zone du rayonnement maximum, les équipages ont entrepris le déblaiement d’une couche de terrain granuleux et friable, de cinquante centimètres à un mètre d’épaisseur en cet endroit ».

Et puis, à dix-neuf heures trente :

« Une plaque métallique circulaire de un mètre cinquante de diamètre, fortement radioactive, a été mise

 

à jour ; un schéma de notre système solaire s’y trouve gravé ; particularité curieuse, la région dite « des petites planètes » y est figurée par une orbite précise. Bien que cette plaque ait une masse de plusieurs centaines de kilogrammes, nos cosmonautes l’ont aisément soulevée, en raison de la faible gravité lunaire. Elle obturait une galerie dont l’exploration a commencé ; mais la liaison radio étant impossible avec le sous-sol, le contact sera rétabli vers vingt heures par un câble dont la pose est en cours ».

À vingt heures, le monde entier fixait les écrans. Devant la Tour Eiffel, en particulier, la foule était dense : on pressentait un événement important. Pour la première fois, la découverte ne serait plus l’apanage de quelques privilégiés ; tout le monde la vivrait en même temps. L’exploration se démocratisait. Un copain, un typographe que Colette aimait bien, se trouvait là. Il lui cria, à travers la foule : « Dis donc ! Si tous nos beaux explorateurs-colonisateurs-bouffeurs-de-nègres avaient dû travailler devant les caméras de la télé, devant le peuple, crois-tu qu’on aurait eu le colonialisme ? »

Le carillon du Kremlin l’interrompit : Moscou allait retransmettre le reportage lunaire en « mondovision ». Mais sur l’écran apparut d’abord un studio de la télévision à Moscou ; on put percevoir un murmure de déception : l’agence TASS publiait les coordonnées sélénographiques de l’alunissage. Colette cependant notait les chiffres sur un calepin… Puis l’académicien Sedov parla, maîtrisant difficilement son émotion :

« La Lune a été jadis habitée par des êtres civilisés. Vous allez suivre, grâce à la télévision, nos camarades qui nous apprennent à l’instant la découverte d’une véritable base, abandonnée, semble-t-il, depuis longtemps, mais  intacte, et  équipée  notamment  d’une

 

centrale électrique atomique ». Il s’interrompit un instant, puis annonça : « La liaison est établie avec la base sous-lunaire. Camarades cosmonautes, à vous l’antenne ! »

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