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Cinq personnes étaient installées dans une pièce de dimensions moyennes, assez basse de plafond, meublée d’un grand sofa et de fauteuils pourpres, d’un guéridon, d’un petit bar roulant, et d’un secrétaire-bibliothèque. Une épaisse moquette beige donnait de l’intimité à cette pièce. Les murs diffusaient une lumière douce, qui mettait extraordinairement en valeur la seule décoration, une réplique de la Joconde, dont la présence en ce lieu n’était pas la moindre énigme. Placé dans un angle, un « vidéophone » maintenait le contact avec Gagarine et Titov, qu’Igor avait reconduits à la fusée pour assurer les liaisons radio. On avait peine à se croire sur la Lune. N’étaient les scaphandres accrochés aux porte-manteaux, la réunion de ces cinq jeunes gens en collants de sport oranges eut plutôt suggéré quelque figure d’un ballet moderne.
Katerina prit la parole : « Chers amis du monde entier, notre tenue est, certes, inhabituelle pour une conférence de presse ! Mais pouvions-nous deviner, à notre départ du cosmodrome de Baïkonour, que nous trouverions ici une maison accueillante et à l’atmosphère climatisée ? Notre découverte n’est pas terminée, c’est avec plaisir que nous vous convions à poursuivre ensemble un « tour du propriétaire » qui nous réserve probablement d’autres surprises. »
La caméra les suivit dans la pièce attenante, beaucoup plus grande. Au centre, l’ensemble énergétique, une petite pile atomique ressemblant aux « breeders » construits sur terre en 1961. Au fond, des rayonnages portant, derrière des vitres, toute une
épicerie spatiale : conserves d’algues, et autres aliments inconnus, maintenus à la température de moins soixante degrés C régnant en permanence en cet endroit du sou-sol lunaire. A droite, l’appareil de climatisation, et un émetteur de télévision sur lequel déjà Katerina s’affairait. Une vitrine couvrant tout le mur de gauche contenait des piles de bobines, destinées sans doute au « vidéophone » couplé à la télévision. A gauche de la porte d’accès, un grand pupitre de commandes électriques, dont personne ne soupçonnait l’usage. Enfin, à droite de cette même porte, une autre vitrine contenait sept boîtes noires, cubiques, de vingt centimètres de côté.
Un bref conseil réunit les cosmonautes. Décidément, aucune trace d’occupation récente. Alors, que faire ? Quel parti pouvait-on tirer de ces installations complexes dont la technologie était inconnue ? Par quoi commencer ?
« Je propose, dit Katerina, d’élargir notre conseil, et d’y faire participer l’Académie des sciences, et tous les savants du monde entier qui le désireront, en utilisant une liaison « multiplex ». Cette proposition semblait agréer fort à Terliouk et à Sterkov. Ce dernier s’offrit pour aider Katerina dans l’étude et la mise en service de l’émetteur de télévision. Ce poste puissant économiserait l’énergie, fonctionnant sur la pile atomique, et surtout les résultats seraient meilleurs qu’avec le matériel miniaturisé de Lunik 38. Mais il fallait communiquer rapidement à la Terre certaines données indispensables à un réglage correct des récepteurs. Youri et Guerman étaient aussi intéressés par la perspective d’un prolongement de l’exploration. Le commandant Slaviev tira les premières conclusions : le plan de travail était modifié, en fonction d’un séjour
plus long qu’il n’avait été prévu. Toutes les forces de l’expédition tendraient dans l’immédiat à assimiler le fonctionnement des appareils équipant la base mystérieuse. On décida aussi de modifier le programme des liaisons radio : toutes les émissions de reportage télévisé étant suspendues pendant au moins douze heures, seuls demeureraient en service les postes automatiques assurant les liaisons avec l’Académie des sciences…
La voix de Serge trahissait une certaine amertume tandis qu’il donnait lecture du communiqué :
« Aucun congé n’est prévu pour les membres de l’expédition durant leur séjour lunaire ; je participerai donc de mon mieux aux travaux, bien que mes spécialités – la science sous les Médicis et le journalisme – me semblent, en l’occurrence, aussi utiles que la connaissance des chevaux pour un tractoriste ! »
Mais Igor lui prit vivement le micro des mains et apporta ce rectificatif : « Notre camarade Ivanov se sous-estime gravement. Chaque spécialité est indispensable et un véritable humanisme ne décerne de privilège à aucune. Serge s’installera ici et assurera la permanence au vidéophone ».
Puis, désignant la Joconde, qui semblait suivre le débat avec son sourire ironique, il ajouta : « Camarade Ivanov ! au nom de l’Académie des sciences de l’U.R.S.S., vous êtes investi d’une mission de confiance : efforcez-vous, dans les douze heures, de déchiffrer le sourire de cette belle italienne. » Cette boutade eut le mérite de détendre les esprits,
tant sur la Terre que sur la Lune…
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